Yochonon Lowen, ancien membre d’une communauté hassidique, a résumé en une phrase les difficultés qu’il vit au quotidien en raison de l’éducation strictement religieuse qu’il a reçu comme enfant : « C’est comme vivre sur une autre planète. »

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Appelés à témoigner devant la Cour supérieure, lui et sa femme ont demandé au gouvernement du Québec de s’engager à assurer un enseignement de qualité à tous, ce qu’ils estiment ne pas avoir reçu.

Après le témoignage mercredi de Clara Wasserstein, c’était au tour jeudi de Yochonon Lowen de raconter en détail son éducation au sein de la communauté juive ultra-orthodoxe Tash de Boisbriand.

L’homme, né à Londres, a déménagé au Canada en 1988 pour vivre chez ses grands-parents, « des survivants de l’holocauste », dans la communauté de Boisbriand. Le reste de sa famille est venue le rejoindre quelques années plus tard.

Il a raconté que son éducation se résumait pour l’essentiel à l’étude de la Torah et du Talmud. De longues heures par jour, et ce, six jours par semaine.

Il se souvient qu’il avait tout de même quelques heures par semaine qui étaient consacrées à des cours d’anglais et de mathématique, mais il n’était pas obligé d’y assister. Pendant près d’un an, il a d’ailleurs choisi de ne pas y aller : « On me disait que mon âme serait plus pure si je n’apprenais pas ça. »

Des cours de « géographie » ou de « science » ? Il ne connaissait même pas les mots, encore moins leur signification, a mentionné Yochonon Lowen au Juge.

Il déplore d’ailleurs le fait qu’il n’y avait pas de manuel scolaire dans ces lieux d’enseignement, parce que « tous les livres avaient un jour été mis dans la poubelle ». Aucune bibliothèque non plus.

M. Lowen a raconté que lorsque les garçons qui fréquentent un centre d’étude Yeshiva termine leur éducation, il est préférable « d’être déjà engagé à une femme » pour ensuite la marier. Ce qu’il a fait avec Clara Wasserstein, à l’âge de 19 ans.

Pendant les quatre premières années de leur mariage, le couple a continué de vivre dans la communauté de Boisbriand où ils ont eu le premier enfant. Par soif d’apprendre, et en secret de ses proches, Yochonon Lowen a commencé à suivre des cours d’anglais à Montréal. Un peu plus tard, il a aussi suivi des cours de français.

« J’ai tellement souffert »

Lorsque la famille Lowen-Wasserstein a quitté Boisbriand, ils ont eu un choc de se retrouver à l’extérieur de la communauté.

« Je ne sais pas comment me faire des amis. Je n’avais pas le droit de regarder les autres, alors je sais encore moins comment leur parler », a confié M. Lowen, avec émotion. « Je travaille encore là-dessus, c’est très difficile. »

Le couple ne réclame pas d’argent. Dans la requête en jugement déclaratoire déposée en 2016, qui vise notamment le gouvernement du Québec, une commission scolaire et des établissements d’éducation, ils expriment plutôt le souhait que le gouvernement s’engage à assurer un enseignement de qualité pour tous les Québécois. Ce qui veut aussi dire, à leur avis, de ne pas tolérer « ces écoles illégales ».

« J’ai tellement souffert que je ne veux pas ça arrive à d’autres. Je veux que quelque chose de bien sorte de toute cette peine », a expliqué le témoin au juge, jeudi matin.

En contre-interrogatoire, l’avocat représentant la communauté hassidique David Banon a mentionné que les parents et des sœurs de M. Lowen vivent toujours dans la communauté de Boisbriand et qu’ils y sont « heureux ».

Les audiences se poursuivent la semaine prochaine.