Une « action de perturbation » pour le droit des animaux prévue ce dimanche ne pourra pas survenir à moins de 500 mètres d’une ferme du Québec. La Cour supérieure a rendu, cet après-midi, une ordonnance d’injonction empêchant les membres du groupe antispéciste Direct Action Everywhere d’organiser, d’annoncer ou de tenir de rassemblement sur toute propriété exploitée par un producteur agricole et ce, pour les dix prochains jours.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

L’Union des producteurs agricoles (UPA) s’est tournée vers les tribunaux, vendredi, en réaction à un appel à tous lancé sur la page Facebook de Direct Action Everywhere Montréal (DxE Mtl). Le groupe de désobéissance civile, qui a fait les manchettes récemment pour avoir organisé une manifestation au restaurant Joe Beef et un sit-in dans une porcherie, organise le 9 février, entre 16 h et 17 h, un événement de contestation dans un lieu jalousement tenu secret.

L’UPA craignait que des activistes s’introduisent par effraction dans un autre élevage.

Entente

Avant que la cause ne soit entendue par le juge de la Cour supérieure David R. Collier, les deux parties en sont venues à un règlement à l’amiable. D’un commun accord, ils se sont entendus pour modifier le terme « action de perturbation » par « action de manifestation publique » sur l’invitation diffusée sur Facebook.

« À l’origine, selon mes clients, il n’y avait jamais eu l’intention d’occuper quelque ferme, production ou propriété privée. Il s’agit d’une manifestation qui devait avoir lieu. Le terme utilisé prêtait probablement à confusion et ce qui a été réglé aujourd’hui », a expliqué l’avocat des défendeurs, Me Gary Martin à sa sortie de l’audience qui s’est déroulée au palais de justice de Montréal.

En plus des membres et représentants de Direct Action Everywhere, l’ordonnance d’injonction interlocutoire provisoire vise explicitement les activistes qui ont participé à l’occupation d’une porcherie de Saint-Hyacinthe avant Noël.

S’ils décidaient de défier l’ordonnance du juge Collier, les activistes s’exposeraient à des accusations d’outrage au tribunal. « C’est une protection de plus pour les producteurs », a pour sa part souligné l’avocat de l’UPA Rémi Jolicœur.

« Ce recours-là n’était pas pour limiter la liberté d’expression de ces individus-là. Nous avons pris ce recours pour nous assurer que leur manifestation ne se produise pas sur une propriété privée appartenant à un producteur agricole. Et donc ils sont libres de faire leurs manifestations sur des lieux publics », a-t-il ajouté

Rappels des faits

Le 7 décembre dernier au petit matin, 12 militants antispécistes — 11 femmes et 1 homme — sont entrés dans la porcherie de l’entreprise agricole Porgreg. Membres du groupe de désobéissance civile Direct Action Everywhere, ils ont mené un sit-in de près de six heures devant les cages des bêtes pour demander une rencontre avec le premier ministre François Legault afin de réclamer le droit de sauver les bêtes qu’ils estimaient en danger.

Le 27 janvier dernier, les militants ont plaidé non coupable à des accusations d’introduction par effraction dans le but de commettre un méfait et d’entrave au travail d’un agent de la paix.

L’éleveuse à la tête de la ferme porcine a affirmé que leur manifestation a entraîné des conséquences désastreuses sur son cheptel. Elle affirme que ses truies sont fiévreuses et malades depuis le passage des militants.

« Le discours véhiculé par les défendeurs et les actes de désobéissance civile auxquels ils ont participé démontrent clairement que le risque de condamnation criminelle ne constitue pas un frein à leurs actions et ne peut avoir l’effet dissuasif escompté. Au contraire, la cour criminelle devient une tribune ou les défendeurs activistes pourront faire valoir le mérite de leurs idéologies et valeurs. Il est donc appréhendé que les défendeurs choisissent à nouveau de s’introduire illégalement dans une installation ou un lieu d’élevage pour faire valoir leurs préoccupations et idéologie en attirant sur eux l’attention du public et des médias », plaidait l’UPA dans sa demande d’injonction.