Martin Barbeau jure être le premier « surpris » de savoir qu’il y avait plus de 1000 fichiers de pornographie juvénile dans ses appareils électroniques. Il se dit même « estomaqué ». Le technicien informatique s’est défendu bec et ongles mardi en témoignant à son procès pour de multiples accusations de nature sexuelle.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

L’homme de 42 ans fait face à 28 chefs d’accusation, dont possession et transmission de pornographie juvénile, incitation à des contacts sexuels d’un enfant de moins de 16 ans et leurre informatique de mineurs. Selon la Couronne, l’accusé a fait pas moins de neuf victimes, des jeunes filles âgées de 9 et 12 ans, et ce, au Canada, aux États-Unis et en Angleterre. Par internet, il leur demandait des photos et des vidéos d’elles « nues, partiellement nues ou dans des positions sexuelles ».

« Les jeunes filles ont cédé sous le chantage », a expliqué l’avocat de la Couronne, Me Hugo Rousse. L’accusé menaçait ensuite les mineures de transmettre à certaines personnes les photos ou vidéos, notamment à « leurs parents », ce qu’il a d’ailleurs fait pour certaines.

Cette preuve a entre autres été amassée par le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) lorsqu’il a procédé à l’arrestation de Martin Barbeau, le 7 septembre 2016, alors que plusieurs appareils électroniques ont été saisis à sa résidence.

Sur le cellulaire que l’accusé avait en sa possession, ainsi que sur la tablette et l’ordinateur portable qui se trouvaient sur son lit, les autorités ont trouvé 1087 fichiers qui contenaient du matériel de pornographie juvénile. L’enquête a aussi révélé que les téléchargements avaient été faits à partir de la résidence de l’accusé.

Pour la Couronne, les trois appareils appartenaient à ce Montréalais, qui travaillait à l’époque comme « réparateur de tablettes » dans une entreprise de taxi. Mais pour l’accusé, il en est autrement. Il affirme qu’il partageait les appareils avec ses deux colocataires et qu’il n’avait jamais vu qu’ils contenaient des photos et vidéos de pornographie juvénile.

« Je n’avais aucune connaissance de ça. Si je l’avais vu, j’aurais été porter ça à la police. À la première occasion, sans hésitation », a affirmé Martin Barbeau, lors de son témoignage mardi.

La Couronne a aussi montré que son adresse courriel avait été utilisée pour créer des comptes sur divers réseaux sociaux et des applications, ce qui lui a permis d’entrer en contact avec les victimes.

Mais Martin Barbeau affirme qu’il n’a jamais utilisé ces comptes. « Ce n’est pas moi qui ai créé le compte Instagram. J’ai essayé d’en ouvrir un, mais je n’ai jamais réussi », a-t-il notamment dit.

Son avocat, Me Yann Trignac, a d’ailleurs plaidé que la Couronne n’avait pas fait la preuve « hors de tout doute raisonnable » que c’était son client qui était « derrière les ordinateurs » au cœur du litige.

Il a rappelé que les deux autres colocataires avaient aussi accès aux trois appareils électroniques : « C’était vraiment une famille à trois. Ils partageaient tout, dont leurs mots de passe », a avancé l’avocat.

Le juge Pierre E. Labelle devrait rendre sa décision le 30 mars prochain.

– avec la collaboration de Louis-Samuel Perron