Stéphane Riou, un policier montréalais spécialisé en filature, était au bon lieu, au bon moment. Alors qu’il participait à la surveillance d’un autre suspect, il dit avoir été témoin – par hasard – du meurtre de Joseph Sarikakis, tué en plein jour dans un quartier résidentiel.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Au volant d’un véhicule de police banalisé du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Stéphane Riou participait à une filature à la division du crime organisé, le 18 août 2016, lorsque du bruit a attiré son attention.

« J’ai dit : criss, c’est des coups de feu », a expliqué l’agent Riou au jury au procès pour meurtre au premier degré de Youness Aithaqi, lors de son témoignage livré au palais de justice de Montréal hier.

Dans la petite rue Maurice-Lebel, dans Ahuntsic-Cartierville, il a alors aperçu un « individu qui portait une veste de construction orange avec des bandes fluorescentes ». Stéphane Riou l’a vu tendre son bras et il a entendu deux autres coups de feu.

« Stand by, ça tire », a-t-il dit au micro de son véhicule, à l’intention des autres membres de son équipe en filature, qui se trouvaient dans d’autres voitures.

Le suspect a alors pris ses jambes à son cou, alors qu’il venait d’abattre Joseph Sarikakis, en plein jour et devant plusieurs témoins.

Stéphane Riou dit alors avoir perdu de vue le suspect, avant de commencer, toujours au volant de son véhicule, à chercher où il pouvait bien se trouver. « Je cherchais quelqu’un qui se changeait de vêtements, car je pensais qu’il portait un déguisement », a-t-il expliqué au jury.

Il a fini par identifier le suspect au volant d’une Hyundai noire. Il portait toujours, selon lui, sa veste de construction ainsi qu’une casquette.

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Youness Aithaqi, accusé du meurtre de Joseph Sarikakis en août 2016.

Une sorte de jeu du chat et de la souris a alors commencé entre Youness Aithaqi et l’équipe du SPVM. Sur les ondes radio, Stéphane Riou a donné les informations à ses collègues, qui se sont également lancés dans la filature.

Finalement, à Pointe-Claire, dans l’ouest de Montréal, le suspect a immobilisé sa voiture dans un stationnement vide pour changer sa plaque d’immatriculation, selon l’agent Riou, un des témoins clés de la Couronne.

Lorsque Youness Aithaqi a repris la route, l’agent du SPVM n’a pu le suivre étant donné que sa voiture avait une crevaison. Toujours selon son témoignage, le suspect a été arrêté par ses collègues un peu plus tard dans la journée. Il les a d’ailleurs rejoints au Cégep Gérald-Godin, là où l’intervention a eu lieu, pour identifier le suspect.

Hier, en cour, la défense a tenté de miner la crédibilité du policier en démontrant des contradictions entre ces propos tenus au procès, et ce qu’il avait déclaré par le passé notamment lors de l’enquête préliminaire.

Le procès prévu pour plusieurs semaines se poursuit mardi devant la juge Myriam Lachance de la Cour supérieure du Québec.

– Avec Louis-Samuel Perron