La libération conditionnelle demandée la semaine dernière par le quadruple meurtrier Valery Fabrikant ne lui sera pas accordée, en vertu d’une décision rendue mercredi. Les commissaires se rangent ainsi derrière Service correctionnel Canada (SCC), qui s’était inquiété des impacts de sa sortie de prison sur ses victimes.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Vous n’avez pas acquis les outils et les compétences nécessaires pour un retour réussi dans la communauté. Une plus grande prudence doit être exercée étant donné que vous avez été incarcéré pendant plus de 28 ans », tranche la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC), pour qui le criminel représente toujours un « risque indu » pour la société.

Aux yeux des membres de l’organisme, une approche « progressive » doit être envisagée dans le cas de M. Fabrikant, afin que celui-ci puisse démontrer les gains qu’il fait dans un contexte « moins restrictif » que celui de la COVID-19. Lors de son audience, l’agent de libération de l’octogénaire avait témoigné d’une « escalade de comportements indésirables [de sa part] depuis le début de la pandémie ». « Il est devenu plus hostile », avait-il martelé, en disant s’inquiéter des « traumas psychologiques » que sa libération provoquerait pour les survivants de l’attaque ainsi que leurs proches.

Cet argument a été accueilli mercredi par la Commission, qui soutient que le détenu a démontré plusieurs signes de « paranoïa » et de « distorsions cognitives ». « Les informations du dossier indiquent que vous êtes devenu hostile avec votre agent de libération conditionnelle, que vous avez crié après vos agents sociaux à plusieurs reprises, que vous les avez accusés de falsifier des informations », est-il écrit.

Vos infractions sont extrêmement sérieuses et […] vous considérez toujours qu’aucune personne innocente n’a été blessée par vous.

Extrait de la décision de la CLCC

M. Fabrikant a « très peu de compréhension » de ses facteurs de risque puisqu’il se considère « comme un prisonnier sans risque », notent les commissaires. Ceux-ci soulignent que le plan de libération présenté par le prisonnier – il souhaite s’isoler avec sa famille, voire quitter le pays – « n’est pas structuré ». « Il ne contient pas les garanties nécessaires pour réduire le risque que vous représentez », avancent-ils.

Les intervenants qui suivent le meurtrier affirment par ailleurs que celui-ci « fait preuve d’une incapacité à gérer correctement [ses] émotions dans des situations de stress ». « Ils croient également que votre attitude et votre pensée rigides, associées à des valeurs antisociales et à des lacunes dans la résolution de problèmes, contribuent à votre criminalité », note la CLCC.

En somme, Fabrikant présente toujours « un risque élevé de désorganisation face à des situations difficiles ». « Votre réaction à la pandémie actuelle démontre votre sentiment de vulnérabilité et exacerbe vos défenses paranoïaques. Vous êtes prompt à accuser les autres de compromettre votre sécurité », lit-on dans la décision, qui s’adresse directement au détenu à plusieurs reprises.

Un lourd passé

Professeur en génie mécanique à l’Université Concordia, Fabrikant a fait irruption en août 1992 au département de génie, et a tué par balles quatre collègues enseignants. Une secrétaire de Concordia a aussi été blessée. Peu avant les faits, il avait dénoncé qu’on tente de le congédier et avait condamné son refus de titularisation en tant que chercheur. L’homme était connu pour son caractère peu commode avec ses étudiants, ses collègues et les membres du personnel.

Lors de son audience, la semaine dernière, le principal intéressé avait assuré qu’il ne présentait « aucun risque » pour la société, près de 30 ans après la tuerie qu’il a commise. « J’ai craqué. Ce n’était pas sous mon contrôle, ce n’était pas moi. Je suis une personne non violente », a assuré l’homme, qui n’en est pas à sa première demande de libération conditionnelle.

En 2014, la Cour avait statué qu’il ne pourrait refaire de demande en ce sens avant 2018, estimant que sa réadaptation psychologique n’avait pas assez progressé. Il s’est aussi vu refuser des sorties temporaires du centre où il est détenu en juin 2016, et ce, avec ou sans escorte.

M. Fabrikant purge une peine de prison à perpétuité à l’Établissement Archambault, à Sainte-Anne-des-Plaines, en banlieue de Montréal.