La Sûreté du Québec a arrêté tôt mercredi matin le complotiste Pierre Dion pour menaces proférées sur l’internet à l’égard du premier ministre François Legault. L’homme de 51 ans, qui voue un culte à l’auteur de la tuerie de la mosquée de Québec, avait déjà été condamné pour incitation à la haine en 2019.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Très actif sur Facebook et YouTube, M. Dion tient régulièrement des propos hargneux à l’égard de François Legault et d’Horacio Arruda, qu’il traite de tous les noms. Il propage aussi des thèses conspirationnistes voulant qu’un réseau de pédophiles contrôle les médias et les gouvernements mondiaux.

Il a aussi partagé la semaine dernière plusieurs des vidéos de l’homme armé qui s’est barricadé à Lévis en exigeant le retrait par François Legault des mesures empêchant la tenue des festivités de Noël.

La division des Crimes majeurs de la SQ, qui enquêtait à son sujet, a procédé à son arrestation tôt en matinée mercredi, à Sainte-Anne-des-Plaines. M. Dion a officiellement été accusé mercredi d’avoir proféré des menaces de mort contre M. Legault ainsi qu’aux « membres du Parlement de Québec », selon l’acte de dénonciation. Il est également accusé d’avoir contrevenu à une ordonnance de la cour lui interdisant de partager des messages concernant la communauté musulmane ou l’Islam sur les réseaux sociaux.

Les menaces qui ont mené à son arrestation ont notamment été faites dans une vidéo diffusée à la mi-octobre sur YouTube. M. Dion promettait à François Legault qu’il allait payer un jour pour les mesures de confinement. « S’il faut le pendre, on va le pendre », disait-il.

Deux autres publications faites sur Facebook en novembre ont aussi été retenues par les enquêteurs.

M. Dion a déjà été condamné par la Cour du Québec pour incitation à la haine envers les musulmans, à la suite de la publication de vidéos dans lesquelles il souhaitait que le 29 janvier, date de commémoration de la tuerie de la grande mosquée de Québec, soit nommé en l’honneur du tueur. « Les propos et le ton utilisés [par M. Dion] sont de nature à créer de l’inquiétude et de l’excitation chez les destinataires du message envers le groupe cible », concluait la cour.

La Cour d’appel s’est par la suite penchée sur le dossier, et a maintenu l’essentiel des condamnations. « Le Tribunal conclut que l’appel au réveil des Québécois par le ton agressif employé et les circonstances dans lesquelles les vidéos sont publiées, soit la commémoration de la tuerie à la grande mosquée de Québec, peuvent faire en sorte que les propos publiés dans les vidéos sont susceptibles d’entraîner un risque de préjudice pour les membres du groupe cible », écrit le tribunal d’appel dans un jugement rendu en octobre.

M. Dion a alors écopé d’une peine de 100 heures de travaux communautaires et s’est engagé à « ne pas troubler l’ordre public et avoir une bonne conduite. » Il s’est également engagé à faire un don de 1500 $ à un organisme de charité œuvrant auprès de la communauté musulmane.

Il a aussi promis de ne plus partager de message concernant la communauté musulmane ou l’islam sur les réseaux sociaux. La plupart de ses publications sur Facebook visent depuis ce jugement les décisions du gouvernement québécois et le « vol » des élections américaines.

La Sûreté du Québec lui reproche d’avoir violé plusieurs de ces conditions, notamment d’avoir troublé l’ordre public et négligé de prévenir le tribunal d’un récent changement d’adresse.

M. Dion faisait déjà face, avant son arrestation de mercredi, à des accusations d’avoir troublé la paix et de harcèlement criminel, dont les audiences au tribunal sont prévues pour le mois d’avril 2021