« On veut trouver nos fils, on a besoin de les trouver. » Les parents de Dylan Auger et d’Antoine Paquin, disparus sur le lac des Deux Montagnes à la mi-novembre, lancent un cri du cœur pour accélérer les recherches à l’approche de l’hiver. Après une interruption, la Sûreté du Québec (SQ) a repris ses recherches cette semaine.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On tient debout parce qu’on demeure actifs, qu’on cherche à faire le maximum. Et on fait tout ce qu’il faut pour obtenir de l’aide. Il faut le plus de bateaux possible sur l’eau », a expliqué Judith Besner, la mère de Dylan Auger, en entrevue avec La Presse mercredi, sur le quai de la rue de l’Église, à Saint-Placide. C’est à cet endroit que des bateaux de la SQ ont relancé leurs recherches, mercredi matin.

Avec l’arrivée de la saison froide, des températures au-dessous du point de congélation et de la glace, le temps presse pour retrouver Dylan et Antoine, affirme Mme Besner. « L’eau est froide, ce qui empêche les corps de remonter à la surface, mais le lac n’a pas encore gelé. Tout est encore possible », avance-t-elle.

Les proches des deux jeunes hommes de 22 ans n’ont jamais cessé leurs recherches. C’est eux qui, à l’aide de sonars, ont fait parvenir de nouveaux éléments aux autorités, avec des bénévoles de l’Association québécoise des bénévoles en recherche et sauvetage (AQBRS). « On ne va rien lâcher. On veut les ravoir avant Noël. C’est très difficile, mais c’est notre enfant unique. Et on a toujours travaillé très fort pour lui », raconte le beau-père de Dylan, Éric Labrecque. « Le point de bascule de l’incident, on ne le connaît pas, on le suppose, alors il ne faut pas se cloîtrer dans les recherches », ajoute-t-il.

Judith Besner, de son côté, est convaincue que ce sont les changements rapides de la météo qui ont surpris les deux jeunes pêcheurs, « toujours très prudents ». « Cette semaine, au quai du traversier, le vent s’est levé d’un coup, puis ça s’est calmé en cinq minutes. Je me dis que c’est probablement ce que nos gars ont vécu », affirme la mère, qui croit que leur mésaventure s’est produite en milieu de matinée.

C’est un cauchemar. Je n’arrive pas à concevoir que je vais passer le reste de ma vie sans mon fils. Dylan et moi, on avait une relation privilégiée, fusionnelle.

Judith Besner, mère de Dylan Auger

Les riverains appelés à collaborer

Le père d’Antoine Paquin, Christian Paquin, vit lui aussi un calvaire depuis la disparition de son fils. « Ça ne se gère pas, des choses pareilles, dit-il en retenant ses larmes. Pendant qu’on travaille avec des bénévoles, c’est moins dur, mais aussitôt qu’on se retrouve seuls, c’est très difficile. On ne se relève pas de ça du jour au lendemain », glisse-t-il.

Pour lui, l’essentiel est que la Sûreté du Québec soit de retour. « On est très soulagés que les plongeurs soient revenus. Il reste qu’on est pas mal moins équipés qu’eux. C’est une course contre la montre pour les retrouver. Dame nature nous donne encore la prochaine semaine avant que la glace arrive. Plus on ratisse large, plus on a de chances de les trouver », ajoute M. Paquin, en appelant tous les riverains à examiner leurs berges de près au quotidien.

Là, on est à Saint-Placide, mais il y a aussi Oka, Kanesatake et l’autre rive, donc Rigaud et Hudson. On ne sait pas où ils sont. Toutes les hypothèses sont bonnes.

Christian Paquin, père d’Antoine Paquin

« Il y a encore beaucoup de riverains qui ne sont même pas au courant que nos fils sont encore portés disparus, donc ils n’ont pas le réflexe d’aller voir au bord de l’eau. Il faut en parler. Aidez-nous à les retrouver », implore Judith Besner.

Éric Labrecque, lui, affirme que ce drame témoigne de la nécessité de rendre obligatoire le port du gilet de sauvetage « sur le dos, et non seulement dans le bateau ». « On n’aurait pas pu éviter cette tragédie, on en est conscients, mais on ne les aurait peut-être pas cherchés pendant des semaines s’ils avaient eu leur gilet. Notre douleur aurait été plus facile à gérer », croit-il.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Les bateaux de la Sûreté du Québec ont relancé leurs recherches sur le lac des Deux Montagnes, mercredi matin.

Le week-end prochain, plusieurs bateaux se joindront aux efforts de recherche. « Ça nous donnera un bon coup de main », se réjouit Christian Paquin, qui appelle les autorités à être « plus transparentes » dans leur manière d’informer les parents. « Je ne comprends pas pourquoi on nous cache encore des éléments de l’enquête parfois. Nos fils ne sont pas des criminels ! »

« C’est un manque de communication. Plus on va parler de notre situation, plus ça va forcer les gouvernements à donner plus de budget aux corps policiers, ajoute M. Labrecque à ce sujet. Ce n’est pas normal qu’au Québec, on dispose de seulement deux équipes de plongeurs avec toutes les étendues d’eau qu’on a. Ça n’a aucun sens. »

Les recherches reprennent ce jeudi

Jointe par La Presse en fin de journée, la Sûreté du Québec a confirmé que les recherches reprendraient ce jeudi matin sur le lac des Deux Montagnes. On ignore toutefois quel secteur sera privilégié. « Les corps n’ont pas encore été retrouvés », a indiqué la sergente Marie-Michèle Moore, sans s’avancer davantage. Les fouilles policières avaient été interrompues le 25 novembre en raison du manque de développements.

Dylan Auger et Antoine Paquin sont introuvables depuis la mi-novembre. Le duo avait voulu effectuer une dernière sortie sur le lac avant de remiser la chaloupe pour l’hiver, mais la météo est venue gâcher leur ultime partie de pêche.

Les deux jeunes hommes sont amis depuis leur première année de secondaire à l’école Armand-Corbeil de Terrebonne, où ils jouaient au football ensemble dans le programme sport-études. Antoine travaillait pour son père dans le domaine de la construction et Dylan était sur le point d’obtenir son diplôme en soins infirmiers.