Le gouvernement américain discute avec la directrice financière du géant Huawei, Meng Wanzhou, pour l’autoriser à rentrer en Chine, mais en échange de certains aveux. C’est ce qu’a rapporté jeudi soir le Wall Street Journal. La signature d’une entente mettrait fin à une longue saga diplomatique entre Pékin et Ottawa.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Selon des sources proches du dossier citées par le journal américain, Mme Meng devrait admettre avoir commis « un acte répréhensible » dans l’affaire criminelle qui a pour le moins compliqué les relations diplomatiques entre Pékin, Washington et Ottawa depuis de nombreux mois déjà.

La femme de 48 ans, qui a été arrêtée il y a deux ans à Vancouver après une demande formelle des autorités américaines, fait actuellement face à des accusations de fraude. Les États-Unis lui reprochent d’avoir menti quant aux liens de Huawei avec l’Iran, en violation de l’embargo américain contre ce pays. Elle est en liberté surveillée dans la métropole de la Colombie-Britannique depuis son interpellation, fin 2018.

Au cours des dernières semaines, les avocats de Mme Meng se seraient entretenus avec certains responsables du département de la Justice des États-Unis, dans l’objectif de signer un « accord de poursuite différée » ou suspendue, affirme le Wall Street Journal à ce sujet, en soulignant qu’un tel accord est généralement conclu avec des entreprises, et non des particuliers. Au Canada, le groupe SNC-Lavalin avait tenté l’an dernier de parvenir à un accord de poursuite suspendue avec le gouvernement fédéral.

Si cette entente est signée, la cadre du géant chinois des télécommunications serait tenue d’admettre que certaines allégations contre elle sont fondées. L’objectif serait de parvenir à un compromis avant le départ de l’administration Trump, le 20 janvier prochain.

Mais il y a un hic : la principale intéressée ne souhaiterait pas signer cet accord pour le moment, réitérant qu’elle n’a rien fait de mal dans ce dossier. Huawei ainsi que les autorités américaines et canadiennes n’avaient toujours pas répondu aux questions qui leur avaient été adressées à ce sujet, jeudi en fin de soirée. Le Wall Street Journal affirme que Mme Meng a aussi refusé de commenter la nouvelle.

Longue saga diplomatique

L’arrestation de Meng Wanzhou sur le sol canadien a provoqué une grave crise diplomatique entre Pékin et Ottawa. Quelques jours plus tard, le gouvernement chinois a accusé les Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig d’espionnage. Ils sont tous deux détenus depuis. Comme plusieurs dirigeants occidentaux, Justin Trudeau a dit qu’il voyait dans la détention de ses compatriotes une mesure de représailles.

La Chine continue de croire que si elle exerce suffisamment de pression sur nous, nous céderons, quand c’est exactement le contraire de notre position.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada, dans un entretien avec le Financial Times, il y a quelques semaines

Le chef libéral avait également évoqué plus tôt la détention des deux Canadiens lors d’un appel téléphonique avec le président désigné des États-Unis, Joe Biden. M. Trudeau s’était ensuite dit « extrêmement confiant » quant à la possibilité de voir Washington maintenir la pression sur la Chine pour que soient libérés les Canadiens et pour « faire comprendre » à Pékin que « son approche ne marche tout simplement pas ».

Rapidement, le ministère chinois des Affaires étrangères a condamné ces propos. Les deux Michael « ont été arrêtés et poursuivis par les autorités judiciaires chinoises parce qu’ils sont soupçonnés d’avoir porté atteinte à la sécurité nationale », a déclaré un porte-parole, Wang Wenbin, en conférence de presse.

« Mme Meng Wanzhou, elle, est détenue sans raison depuis plus de 700 jours, sans avoir violé aucune loi canadienne », a aussi affirmé M. Wang. Une audience finale pour déterminer si Meng Wanzhou doit être extradée est d’ailleurs prévue en avril prochain.

L’entreprise Huawei, de son côté, est visée par un arsenal de sanctions aux États-Unis, qui accusent sans preuve le groupe de télécommunications d’espionnage potentiel au profit du régime communiste. Washington a notamment interdit à ses entreprises de vendre des équipements à Huawei et a convaincu nombre de ses alliés de se passer de l’entreprise chinoise pour l’installation de leurs réseaux 5G, cinquième génération de l’internet mobile, pour laquelle Huawei fait figure de leader mondial.

— Avec l’Agence France-Presse