Un homme qui était en compagnie de Bony Jean-Pierre a vu ce dernier se précipiter à une fenêtre et sauter par celle-ci, alors que les policiers investissaient l’immeuble où ils se trouvaient, sur la rue Arthur-Chevrier, le 31 mars 2016.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Au jour six du procès du policier du Groupe tactique d’intervention (GTI) du SPVM, Christian Gilbert, accusé de l’homicide involontaire de Bony Jean-Pierre, Berthony Tessono a témoigné et raconté ce qu’il a vu avant que son compagnon soit atteint mortellement d’un projectile de polymère à la tête lors d’une frappe anti-drogue qui a mal tourné.

Tessono a dit avoir rencontré Bony Jean-Pierre par hasard, près de l’immeuble où le drame est survenu, en fin d’après-midi, le 31 mars 2016. Même s’il a dit connaître M. Jean-Pierre depuis longtemps, il a affirmé qu’il ne connaissait pas son nom et l’appelait toujours par son surnom, Bonano.

Il s’est mis à pleuvoir et les amis ont décidé d’aller dans l’appartement numéro 3 du 6330 Arthur-Chevrier loué par un certain Ralph. Au moins une dizaine d’individus étaient rassemblés autour d’une table de poker, les deux hommes les ont salués et se sont enfermés dans la chambre d’en avant, pour discuter plus tranquillement.

Tessono a alors raconté avoir entendu un gros bruit puis une détonation et une deuxième. Il a vu ce qu’il a décrit comme un « flash » par les fentes de la porte de la chambre.

« J’ai regardé Bonano, il m’a regardé. Il a sursauté. Ses yeux sont devenus grands de même. Il s’est retourné, a couru vers la fenêtre, l’a ouverte, a grimpé avec sa jambe et ses mains, il a tenu les cadrages, il est resté accroupi en petit bonhomme durant quelques secondes, il a regardé à droite et à gauche et il a sauté », a raconté le témoin.

PHOTO DÉPOSÉE EN COUR

C’est dans cette chambre que se trouvait Bony JeanPierre avant qu’il se rue à la fenêtre et se jette en bas de celle-ci.

– « Pendant cette séquence, avez-vous entendu quelque chose » ? lui a demandé le procureur de la Poursuite, MJean-Sébastien Bussières.

– « Non », a répondu Tessono.

– « Aucune parole n’a été prononcée » ?

- « Non plus », a poursuivi le témoin.

Contre-interrogé par l’avocat de Christian Gilbert, MLouis Belleau, Tessono a dit ne pas avoir entendu personne crier le mot police et ne pas avoir vu des gyrophares d’auto-patrouilles.

Rappelons que depuis le début du procès, la preuve tend à démontrer que l’accusé a tiré un premier coup de semonce qui a atteint le cadrage de la fenêtre, avant de tirer un deuxième projectile qui a atteint l’homme de 46 ans à la tête.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Christian Gilbert

Contre-interrogatoire corsé

Lundi matin, MBelleau a par ailleurs poursuivi son contre-interrogatoire serré du témoin expert de la Poursuite Manuel Tousignant, spécialiste de la balistique judiciaire au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale.

L’avocat a fait admettre à ce dernier que la hanche – que visait, semble-t-il, l’accusé – est incluse dans « une zone verte » des endroits du corps humain où les blessures subies par un projectile AR-1 tiré par une Arwen 37 ne devraient pas être létales.

« Recevoir un projectile à la hanche est moins létal que de le recevoir à la tête », a dit le témoin.

On a également su que la simulation sur un crâne synthétique, dont la vidéo a été publiée dans La Presse samedi, et une autre à 12 mètres de distance, ont été réalisées dans le cadre d’un contrat passé avec la police de Laval, mais non à la demande de cette dernière et pour le procès à venir de Christian Gilbert.

« Effectivement, le moment était bien choisi pour ça. C’était pour démontrer l’effet lésionnel », a expliqué M. Tousignant.

Questionné par MBelleau sur la raison pour laquelle il place la tête de M. Jean-Pierre au milieu de la fenêtre au moment du tir dans son rapport, l’expert a répondu que c’était une approximation.

Enfin, M. Tousignant n’a pu dire quel modèle d’arme intermédiaire a été utilisé pour les simulations faites pour la police de Laval, et si les cartouches étaient neuves ou recyclées.

Le procès se poursuit mardi.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.