Le projectile de polymère qui a mortellement atteint Bony Jean-Pierre à la tête lors d’une opération antidrogue qui a mal tourné, le 31 mars 2016 dans Montréal-Nord, allait à une vitesse d’environ 76,2 mètres par seconde et avait une énergie de 226,4 joules.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

C’est ce qu’a conclu un expert en balistique judiciaire qui a témoigné vendredi au jour 5 du procès du policier du Groupe tactique d’intervention (GTI) du SPVM, Christian Gilbert, accusé de l’homicide involontaire de M. Jean-Pierre.

Dans les jours ayant suivi l’opération policière, cet expert du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du Québec, Manuel Tousignant, s’est rendu au 6330, rue Arthur-Chevrier, où a eu lieu l’opération.

Il a indiqué que l’après-midi du 31 mars 2016, Christian Gilbert avait appuyé son arme intermédiaire, un ARWEN 37, sur le capot d’une voiture orange garée devant l’immeuble dans lequel la police soupçonnait qu’il y avait un point de vente de drogue.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Christian Gilbert, policier du Groupe tactique d’intervention du SPVM, est accusé de l’homicide involontaire de Bonny Jean-Pierre, le 31 mars 2016.

Il a évalué que la distance entre la bouche du canon de l’ARWEN 37 et la victime était d’environ 12 mètres.

Selon le témoin, M. Gilbert a tiré un premier projectile de polymère AR-1 sur le cadrage de la fenêtre de l’appartement 3 – vraisemblablement un coup de semonce –, puis un deuxième qui a atteint Bony Jean-Pierre.

Le tir avait une trajectoire ascendante de 30 degrés et un angle de 9 degrés vers la droite.

« Le premier tir a atteint la fenêtre à une hauteur d’environ trois mètres. Le deuxième tir a atteint la tête de la victime au niveau de cette même fenêtre, mais il est difficile de déterminer où se trouvait la tête de la victime », a dit M. Tousignant.

Tests de simulation

L’expert a effectué six tests en laboratoire avec l’arme utilisée par Christian Gilbert ce jour-là et avec une autre arme intermédiaire, mais en utilisant les mêmes projectiles.

Dans deux de ces tests, un projectile de polymère a été tiré dans du gel balistique, simulant les muscles du corps humain au repos, et dans un autre, sur un crâne synthétique, dont les parois étaient de cinq millimètres d’épaisseur – semblable à l’os temporal de la victime. Le crâne synthétique avait été rempli de gel balistique pour simuler un cerveau humain.

« Ces tests avaient pour but de calculer l’effet lésionnel dans le gel, en simulant le corps humain. Dans le cas du test sur le cerveau synthétique, le but n’était pas de toucher le haut du crâne, mais la cible est petite à cette distance. On voit que le projectile va créer une fracture.

« L’arme intermédiaire ARWEN peut causer des blessures corporelles graves, provoquer la perte d’un œil et même la mort dans ce cas-ci », a dit le témoin.

Contre-interrogé par l’avocat de Christian Gilbert, MLouis Belleau, l’expert a admis qu’on lui avait dit que le policier visait la hanche de la victime et qu’il l’a atteint à la tête.

MBelleau a interrogé le témoin sur le fait qu’il a effectué deux autres tests qui ne se trouvent pas dans son rapport. Dans un cas, Manuel Tousignant n’a pu obtenir un résultat et, dans l’autre, « les données étaient aberrantes », a dit MBelleau.

Le procès, présidé par le juge Yvan Poulin, de la Cour du Québec, se poursuivra lundi avec la preuve présentée par MJean-Sébastien Bussières, du DPCP.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

D’autres caractéristiques de l’ARWEN 37

– L’ARWEN 37 n’est pas considéré comme une arme à feu, car la vitesse des projectiles est inférieure à 500 pieds par seconde.

– La pression sur la détente est de 13 kilogrammes, alors qu’elle est de 4 ou 5 kilogrammes pour les pistolets normalement utilisés par la police.

– Les bandes noires sur le projectile vert AR-1 sont en nylon. Lors d’un tir, elles sont marquées par les rayures du canon de façon à faire tourner le projectile, pour accroître la distance qu’il parcourra, comme lorsqu’un quart-arrière lance un ballon de football.

– Le projectile de l’ARWEN 37 a un diamètre de 37 millimètres.