Une femme « délurée » au récit bourré de trous de mémoire et principalement motivée par le désir de « faire payer M. Rozon » dans la foulée de la vague de dénonciations d’inconduites sexuelles #moiaussi… Les avocats de Gilbert Rozon ont brossé un portrait peu flatteur de la plaignante dans leurs plaidoiries, auxquelles la Couronne pourra répliquer dans deux semaines.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

La crédibilité de la plaignante a été particulièrement écorchée par MIsabel Schurman et MPierre Poupart à cette dernière étape du procès pour viol et attentat à la pudeur du magnat déchu de l’humour. Ils ont notamment remis en question la motivation réelle ayant poussé la plaignante à porter plainte en 2017 contre Gilbert Rozon, en plein mouvement #metoo, pour des évènements survenus en 1980. « Dans le fond, c’est une histoire », a résumé MSchurman.

Après un silence de quatre décennies, la femme de 60 ans a été guidée par son « désir », comme « fidèle à un mouvement plus large que sa propre cause, de faire payer M. Rozon, de le forcer à rendre des comptes », selon la défense. Aux yeux de MSchurman, il serait « dangereux » de condamner Gilbert Rozon en se basant sur le témoignage à la fiabilité « questionnable » de la plaignante.

« Madame a décidé, 37 ans plus tard, que Rozon, qui venait d’être dénoncé, avait à payer le prix du mal qu’il avait fait aux autres », a lancé MPoupart.

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Gilbert Rozon

Les avocats de Gilbert Rozon soulèvent trois arguments pour s’attaquer au récit de la plaignante : ses invraisemblances, ses trous de mémoire et les contradictions entre son témoignage et sa déclaration aux policiers. Ces contradictions portent par exemple sur le souvenir divergent de la plaignante quant au nombre de boutons de chemise qui auraient sauté pendant une « bataille » avec M. Rozon.

La défense a aussi insisté sur une contradiction « importante », soit le fait que la plaignante a témoigné au procès n’avoir jamais consenti à une relation sexuelle, alors qu’elle n’avait pas dit cela aux policiers. « Est-ce que c’est un hasard ? », s’est interrogée MSchurman.

La plaignante a aussi décidé de rester dans la maison de Saint-Sauveur, même après avoir refusé les avances de Gilbert Rozon à 3 h du matin, relève la défense. « On n’est pas dans un cas de menace, de voies de fait, de séquestration ou de contrainte », a plaidé MSchurman. Une affirmation qui a fait réagir la juge Mélanie Hébert. « Vous me demandez de faire une inférence que le fait de rester dans la maison est un consentement implicite ? », a rétorqué la juge, qui entend écarter les « stéréotypes » de sa décision.

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MIsabel Schurman, avocate de Gilbert Rozon

Rozon dit s’être fait « imposer » la relation sexuelle

L’ancien grand patron de Juste pour rire a maintenu au procès n’avoir « agressé d’aucune manière » la plaignante. C’est même celle-ci qui lui aurait « imposé » une relation sexuelle lors de cette soirée marquante. Dans un récit aux antipodes de celui de la plaignante, Gilbert Rozon a raconté s’être réveillé avec la jeune femme en train de « se faire l’amour » sur lui. « C’est quelque chose qui m’a été imposé. J’ai accepté, j’étais complètement consentant », a-t-il précisé.

Gilbert Rozon semble avoir gardé un souvenir extrêmement vif de l’ensemble de cette soirée de 1980, au point de se rappeler très bien la luminosité dans la chambre ce matin-là. Selon la défense, l’homme de 66 ans n’a d’ailleurs jamais été « ébranlé » par la Couronne en contre-interrogatoire.

Selon la plaignante, Gilbert Rozon s’est d’abord « jeté » sur elle pour l’embrasser en mettant sa main dans son décolleté. « Ce n’était pas une bataille, mais du tiraillement. Le bouton de ma chemise a fichu le camp. On a roulé ensemble par terre, il a rentré sa main en dessous de ma jupe. Il a essayé de lever ma culotte. J’étais vraiment fâchée. Je lui ai dit d’arrêter », a-t-elle témoigné.

Un récit qui a fait dire à MPoupart qu’il n’était pas question ici de la « chasse aux papillons ». « Elle ne s’est pas présentée comme un petit agneau, mais comme une fille délurée », a-t-il plaidé.

À la suite de cet incident, Gilbert Rozon a refusé de ramener la femme de 20 ans chez elle, disant être trop « fatigué », selon la plaignante. Comme il était 3 h du matin, elle a décidé de dormir dans une autre pièce de la maison. Elle assure qu’elle n’avait pas peur de M. Rozon à ce moment. Mais c’est en se réveillant le matin qu’elle affirme avoir été agressée.

« M. Rozon était sur moi et était déterminé à avoir des relations sexuelles. Je me souviens de deux choses, de l’oppression et du lâcher-prise. […] J’étais fâchée. C’est pas ça que je veux ! C’est pas consenti ! J’ai pu l’énergie, j’ai pu la force. […] La seule façon d’en sortir, c’est de le laisser faire », a-t-elle raconté.

Les plaidoiries du procureur de la Couronne, MBruno Ménard, sont prévues le 19 novembre.

Gilbert Rozon accueilli par des manifestantes

C’est pourchassé par des dizaines de manifestantes que Gilbert Rozon a fait son entrée au palais de justice de Montréal, vendredi matin, pour la suite de son procès pour viol et attentat à la pudeur. « Rozon en prison ! », a notamment scandé la foule.

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Gilbert Rozon à son arrivée au palais de justice, vendredi matin

Une cinquantaine de militantes contre les violences sexuelles ont attendu de pied ferme le magnat déchu de l’humour vendredi matin devant le palais de justice. L’ancien dirigeant de Juste pour rire a dû se frayer difficilement un chemin dans la foule pour pénétrer dans l’édifice.

Après l’entrée de Gilbert Rozon, la foule a scandé devant les marches du palais des slogans en faveur d’une réforme judiciaire. « On vous croit ! On vous croit ! », ont crié en chœur les jeunes femmes, en référence aux victimes d’agression sexuelles. Le collectif Wake Up Calice organisait le rassemblement.