Ce n’est pas monnaie courante d’obtenir sa liberté provisoire lorsqu’on est accusé de meurtre. Ce l’est encore moins quand les meurtres sont reliés au crime organisé. C’est pourtant ce qu’ont soutiré Marie-Josée Viau et son conjoint, Guy Dion, lundi matin, au juge Michel Pennou, de la Cour supérieure.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

En entendant les mots « les accusés se sont déchargés de leur fardeau et j’accorde aux inculpés leur liberté provisoire », la femme de 45 ans a éclaté en sanglots dans le box des accusés vitré de la salle SS.07 du Centre de services judiciaires Gouin alors que son compagnon est demeuré stoïque.

Marie-Josée Viau et Guy Dion, 49 ans, ancien chef du Service des incendies de la municipalité de Saint-Jude, près de Saint-Hyacinthe, sont accusés d’avoir comploté et tué les frères Vincenzo et Giuseppe Falduto en juin 2016.

  • Guy Dion

    PHOTO FOURNIE PAR LA SQ

    Guy Dion

  • Marie-Josée Viau

    PHOTO FOURNIE PAR LA SQ

    Marie-Josée Viau


  • Giuseppe Falduto

    PHOTO FOURNIE PAR LA SQ

    Giuseppe Falduto


  • Vincenzo Falduto

    PHOTO FOURNIE PAR LA SQ

    Vincenzo Falduto

1/4
  •  
  •  
  •  
  •  

Ces deux meurtres ont été commis dans un contexte de lutte de pouvoir entre clans calabrais et sicilien de la mafia montréalaise. Cette année-là, les assassinats de deux capitaines de la mafia, Rocco Sollecito et Lorenzo Giordano, ont également été commis dans le même contexte, et deux autres présumés complices du couple de Saint-Jude, Jonathan Massari et Domenico Scarfo, font face à ces crimes survenus en mars et en mai.

Les quatre meurtres auraient été commis à la demande des frères Salvatore et Andrew Scoppa, eux-mêmes assassinés en 2019.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Andrew Scoppa

Le commando de présumés tueurs a été trahi par l’un des siens, qui a offert ses services aux enquêteurs et enregistré les suspects à leur insu. L’identité de cet homme, qui a signé un contrat avec l’État, est protégée par un interdit de publication.

Taupe imprévisible

Depuis les arrestations à l’issue d’une enquête de la Sûreté du Québec baptisée Préméditer en octobre 2019, cet agent civil d’infiltration (ACI) a toutefois été appréhendé pour avoir menacé des policiers et une autre personne, et condamné à neuf mois d’emprisonnement.

Un autre interdit de publication nous empêche de dévoiler la preuve entendue lors de l’enquête sur remise en liberté de Viau et Dion, mais en rendant son jugement oralement, le juge Pennou a plusieurs fois fait allusion à l’ACI.

« On ne peut pas exclure qu’au moment venu, l’ACI ne voudra pas témoigner et sera hostile. L’entente conclue entre lui et l’État lie toutefois toujours les parties », a notamment dit le juge Pennou.

Le juge a statué que la libération des accusés ne mettrait pas la sécurité de la population en danger et ne minerait pas la confiance d’un public bien informé envers l’administration de la justice, et que leur détention n’était pas nécessaire pour assurer leur présence en cour.

« Leur profil, leur situation personnelle, leurs moyens et les cautionnements engagés rendent improbables les risques qu’ils prennent la fuite », a-t-il déclaré.

Des emplois attendent Marie-Josée Viau et Guy Dion à leur sortie de prison. Eux-mêmes, des proches et une amie se sont engagés ou déposeront des cautionnements de 75 000 $ dans le cas du pompier et de 45 000 $ dans le cas de sa conjointe.

Les deux ne doivent pas quitter le Québec, doivent remettre leur passeport et ne peuvent pas en faire une nouvelle demande, ne doivent pas posséder d’arme, communiquer avec des individus ayant des antécédents ou étant impliqués dans le crime, communiquer avec les coaccusés Massari et Scarfo, posséder d’appareils servant à envoyer et recevoir des messages cryptés, doivent posséder un seul téléphone cellulaire et ne doivent pas commercialiser ou fournir du cannabis à une personne ou à une entreprise.

« Nous sommes satisfaites de la décision. Nous considérons qu’elle est très étoffée et bien motivée. Le processus judiciaire suit son cours », ont déclaré à La Presse les avocates des deux accusés, MNellie Benoit et MMylène Lareau.

« Nous prenons acte de la décision. Nous allons étudier le jugement quand nous aurons une copie écrite à la fin et nous évaluerons la possibilité d’aller en appel », a déclaré le procureur de la poursuite, MPascal Lescarbeau, flanqué de sa collègue, MIsabelle Poulin.

Le dossier revient en cour au début du mois de décembre. À moins de revirements, le procès devant jury de Marie-Josée Viau et de Guy Dion est prévu au printemps prochain et celui de Massari et Scarfo, à l’automne 2021.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.