En condamnant mercredi un individu qui a ouvert le feu vers un ancien motard, Jean-Guy Bourgouin, en janvier 2018 à Montréal, la juge Hélène Morin de la Cour du Québec n’y est pas allée par quatre chemins lorsqu’elle s’est adressée au condamné, Girard Anglade.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

« Bien souvent, les juges, on aime ça, faire la morale aux accusés, pour les allumer, mais quand vous allez sortir, je ne suis pas sûre que vous allez changer. D’ailleurs, je ne suis pas sûre de ce qu’il pourrait vous arriver. J’imagine que M. Bourgouin n’oubliera pas cet évènement. Vous avez plusieurs antécédents et votre criminalité est dangereuse. Je ne sais pas quoi vous dire. Pour vous, je vais faire des vœux pieux. Je ne vous souhaite même pas bonne chance », a déclaré la magistrate.

L’après-midi du 24 janvier 2018, Jean-Guy Bourgouin a mangé avec un membre des Hells Angels, Jean Richard Larivière, et Samy Tamouro au restaurant À la vieille cheminée, dans l’arrondissement de Saint-Léonard.

Lorsqu’il est sorti de l’établissement, Anglade a ouvert le feu vers lui, mais son arme s’est enrayée. Bourgouin a tiré à son tour sur Anglade qui a été blessé au bras gauche.

Après le crime, Anglade s’est rendu dans un hôpital, mais comme le veut le protocole lorsqu’un individu blessé par balle se présente aux urgences, la police a été avisée, et c’est ainsi que le tireur a été identifié et arrêté. Les évènements avaient été captés par plusieurs caméras de surveillance.

Jean-Guy Bourgouin quitte le Hells Angels Jean Richard Larivière et Samy Tamouro, avec lesquels il vient de manger, et sort du restaurant. Alors qu’il se dirige vers sa voiture, Girard Anglade apparait derrière Bourgouin et court vers lui avec une arme qu’il commence à pointer. Des coups de feu se font entendre. La caméra bouge. La Kia Sportage, à bord de laquelle Anglade était arrivé, quitte les lieux, en trombe, la portière du côté passager ouverte (à la gauche de l’écran). À l’intérieur, une employée et un client se cachent pendant que Larivière et Tamouro s’approchent de la fenêtre et de la porte. Anglade court, le bras gauche visiblement amoché. Le duvet blanc de son manteau sort par des trous perceptibles dans sa manche. Il passe à côté d’une ambulance qui sort du stationnement d’Urgences Santé, sans la héler. Plus loin, Anglade sera récupéré par le conducteur encore inconnu aujourd’hui de la Kia. En fin d’après-midi, Anglade se présente aux urgences de l’Hôpital Pierre Le Gardeur.

Bourgouin n’a pas collaboré et a même nié être présent au restaurant. C’est l’ADN prélevé sur les verres qui a permis de les identifier, lui et ses deux compagnons de table.

Anglade, 43 ans, a plaidé coupable à cinq chefs d’avoir braqué et déchargé une arme à feu, d’avoir eu en sa possession un silencieux et une arme prohibée dont le numéro de série avait été oblitéré, et d’avoir violé une ordonnance lui interdisant de posséder une arme. Il a été condamné à six ans d’emprisonnement, mais en soustrayant la période de détention préventive, il lui reste 22 mois et demi à purger.

Vingt téléphones cellulaires

  • Les policiers ont retrouvé huit douilles, dont une seule percutée par l’arme d’Anglade, devant le restaurant À la vieille cheminée.

    PHOTO DÉPOSÉE EN COUR

    Les policiers ont retrouvé huit douilles, dont une seule percutée par l’arme d’Anglade, devant le restaurant À la vieille cheminée.

  • En fuyant, Anglade a laissé des traces de pas dans la neige, et lancé son arme, que l’on aperçoit près d’un cône orange.

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    En fuyant, Anglade a laissé des traces de pas dans la neige, et lancé son arme, que l’on aperçoit près d’un cône orange.

  • L’arme d’Anglade, un pistolet Glock modèle 22, calibre 9 mm, dont le chargeur pouvait contenir dix balles et dont le numéro de série a été oblitéré, était muni d’un silencieux.

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    L’arme d’Anglade, un pistolet Glock modèle 22, calibre 9 mm, dont le chargeur pouvait contenir dix balles et dont le numéro de série a été oblitéré, était muni d’un silencieux.

  • En arrivant chez lui, Anglade a laissé une traînée de sang dans la salle de bains, la cuisine et le salon. Il a également manipulé l’un de ses quatre ordinateurs portables.

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    En arrivant chez lui, Anglade a laissé une traînée de sang dans la salle de bains, la cuisine et le salon. Il a également manipulé l’un de ses quatre ordinateurs portables.

  • Une partie des vingt téléphones cellulaires trouvés chez Anglade lors de la perquisition.

    PHOTO DÉPOSÉE EN COUR

    Une partie des vingt téléphones cellulaires trouvés chez Anglade lors de la perquisition.

  • Anglade était présent lorsque l’une de ses amies a loué la Kia Sportage qui a servi lors du crime et qui a été retrouvée par les policiers.

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    Anglade était présent lorsque l’une de ses amies a loué la Kia Sportage qui a servi lors du crime et qui a été retrouvée par les policiers.

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Lorsque les limiers ont perquisitionné chez Anglade, rue Drapeau à Montréal-Nord, après son arrestation, ils ont notamment saisi quatre ordinateurs portables et 20 téléphones cellulaires.

En vertu d’un mandat obtenu par les Crimes majeurs du SPVM, tous ces appareils seront remis aux enquêteurs du Projet Mégalo, par lequel Frédérick Silva, soupçonné d’être un tueur à gages, a été arrêté en février et accusé de quatre meurtres et d’une tentative de meurtre.

Silva est notamment accusé d’avoir tué un ancien membre des Rockers, Sébastien Beauchamp, et d’avoir tenté de tuer le défunt chef de clan de la mafia Salvatore Scoppa, finalement assassiné sous les yeux de dizaines de témoins, dans le hall d’un hôtel de Laval en mai 2019.

Les enquêteurs espèrent sans doute que l’ajout des éléments contenus dans les téléphones cellulaires d’Anglade pourrait permettre de nouveaux développements dans l’enquête Mégalo qui se poursuit toujours.

Bourgouin est également un ancien membre des Rockers. Outre lui et Beauchamp, d’autres membres de ce groupe ont également été les cibles d’attentats ces dernières années.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.