Bien connu dans le milieu du patinage artistique, Richard Gauthier, l’entraîneur de champions du monde, est accusé d’agression sexuelle. D’après un mandat d’arrêt déposé mercredi au palais de justice de Montréal que La Presse a obtenu, les faits qui lui sont reprochés se seraient déroulés au cours des années 80.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Trois chefs d’accusation pèsent sur M. Gauthier, dont celui d’avoir « agressé sexuellement » une victime de sexe masculin, entre le 5 janvier 1983 et le 7 avril 1985, à Montréal. On lui reproche également d’avoir commis un acte de « grossière indécence » entre les mois d’avril 1981 et 1985 contre cette même personne, qui est seulement identifiée par les lettres « P. D. ». Enfin, l’entraîneur est accusé d’avoir « attenté à la pudeur » de la victime entre avril 1981 et janvier 1983.

Selon nos informations, la victime était l’un de ses athlètes, qui a patiné sous son autorité entre l’âge de 11 et 19 ans. Il faisait partie de ses premiers élèves. L’entraîneur avait alors 10 ans de plus que le patineur. Certains faits reprochés dans cette affaire seraient survenus au domicile de l’accusé.

C’est la Section des agressions sexuelles du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui se chargera du dossier. Si tout se passe comme prévu, M. Gauthier devrait être invité à se présenter devant un juge au cours des prochains jours. Le corps policier entend d’abord vérifier si d’autres victimes pourraient se manifester, a-t-on assuré à La Presse. Précisons qu’il s’agit d’un mandat visé qui permet aux policiers d’arrêter un suspect, puis de le libérer sous conditions, en attente de sa comparution.

M. Gauthier a entraîné plusieurs couples au Club de patinage artistique (CPA) de Saint-Léonard, avec lequel il n’est toutefois plus affilié actuellement.

En janvier 2017, alors qu’il célébrait son 55e anniversaire, il avait aussi été intronisé au Temple de la renommée du patinage artistique, lors d’une cérémonie officielle tenue dans la ville d’Ottawa.

Rappelons que le principal intéressé a entre autres été l’entraîneur du couple de patineurs canadiens Jamie Salé et David Pelletier, qui sont devenus champions du monde pour la première fois en 2001, à Vancouver. Ils s’entraînaient alors au CPA de Saint-Léonard avec M. Gauthier. Ce n’était toutefois plus le cas lorsque le duo a remporté l’or aux Jeux olympiques de Salt Lake City, en 2002.

Plus récemment, il a été l’entraîneur de Meaghan Duhamel et d’Eric Radford, champions du monde en 2015 et en 2016. Ils se sont séparés de lui quelques mois avant les Jeux olympiques de PyeongChang, en 2018, où ils sont montés sur la troisième marche du podium.

Une « onde de choc »

Chez Patinage Québec, la directrice générale, Any-Claude Dion, affirme que la situation fera l’objet d’une surveillance serrée dans les prochains jours, tant à l’échelle provinciale que nationale. « Ce sont des allégations très graves qui seront prises au sérieux, assure-t-elle. On a un rôle de protection envers nos membres, surtout nos athlètes. » Elle ajoute que la situation risque de causer de nombreux bouleversements dans l’univers du patinage artistique canadien.

M. Gauthier est une personne réputée en patinage artistique. Son travail a été reconnu à plusieurs reprises. C’est clair que ça va causer une onde de choc.

Any-Claude Dion, directrice générale de Patinage Québec

« On est très surpris, ajoute Mme Dion, qui dit vouloir avancer “avec prudence” dans ce dossier. “De notre côté, on n’a pas reçu de plaintes ni d’échos particuliers à ce sujet-là”, remarque-t-elle.

Une décision concernant Richard Gauthier pourrait survenir dans les prochains jours. C’est la fédération nationale, Patinage Canada, qui a le pouvoir de suspendre un membre ou un adhérent. Une déclaration officielle de l’organisme pourrait donc être diffusée.

“Lorsque nous serons en mesure de confirmer toutes les informations, nous prendrons les mesures appropriées conformément à nos politiques”, assure la directrice sport sécurité et communications stratégiques de Patinage Canada, Emma Bowie, qui n’était pas en mesure de commenter davantage la nouvelle jeudi soir. Quand “des accusations criminelles de cette nature sont portées contre un entraîneur, il est de notre pratique de suspendre immédiatement l’individu”, rappelle-t-elle toutefois.

— Avec Katia Gagnon et Louis-Samuel Perron, La Presse