Revirement de situation au procès d’Éric Salvail : le tribunal accepte d’entendre de nouveaux témoins.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

La Couronne a créé toute une surprise, en juillet dernier, en demandant la permission de présenter une contre-preuve au procès d’Éric Salvail visant à attaquer la crédibilité de la preuve.

La procureure, Me Amélie Rivard, avait expliqué que l’accusé avait mis sa « bonne réputation en jeu » en alléguant à plusieurs reprises, lors de son témoignage, qu’il n’était pas le genre de personne à commettre les infractions reprochées. Il avait notamment dit : « Je n’agresse pas les gens dans la vie. »

Or, la poursuivante voulait contredire ces propos en appelant de nouveaux témoins à la barre, même si les parties avaient déjà clos leur preuve.

Avant de rendre sa décision, vendredi après-midi, au palais de justice de Montréal, le juge Alexandre Dalmau a résumé la demande de la Couronne : « Cette contre-preuve reposerait sur le témoignage de trois hommes qui allèguent avoir subi des commentaires, avances ou propositions de nature sexuelle, non sollicités et persistants de la part de l’accusé en milieu de travail. Ils décrivent également des gestes posés à leur égard par l’accusé pouvant constituer des agressions sexuelles. »

À ce sujet, le juge Dalmau a donné raison à la poursuivante : « Il est indéniable que l’accusé met sa personnalité en jeu, et ce, dès l’interrogation en chef. L’accusé souhaite laisser au tribunal l’image d’une personne n’adoptant pas ce type de comportement », a-t-il précisé.

La preuve présentée par le ministère public devait ensuite être admissible. Encore ici, le tribunal a conclu qu’elle l’était. « Le contenu des témoignages proposés est probant à plus d’un égard », a évoqué le juge, devant notamment Éric Salvail, des membres des médias et des citoyens.

La défense contestait cette requête, en évoquant entre autres que cela transformerait le procès pour agression sexuelle en « un examen détaillé de la moralité », a dit Me Michel Massiccotte, en juillet dernier.

Objectif : « tester la crédibilité de l’accusé »

Le juge a reconnu vendredi que ces nouveaux témoignages devaient constituer « une surprise » pour M. Salvail, mais que « leur admission en preuve n’[était] cependant pas inéquitable pour lui ».

Les témoignages seront donc présentés en contre-preuve.

Les trois ex-collègues de l’animateur déchu ont fait des déclarations au Service de police de la Ville de Montréal en mars dernier dans lesquelles ils décrivent des attouchements non sollicités en milieu de travail. Par exemple, l’accusé aurait exhibé son pénis, fait des attouchements non consentis et exprimé des commentaires de nature sexuelle répétés. Certains allèguent avoir utilisé la force pour repousser l’accusé à certains moments.

Ces trois témoins n’ont toutefois pas porté plainte, si bien que l’ex-vedette ne fait pas l’objet d’accusation criminelle pour ces gestes allégués. L’objectif de ces nouveaux témoignages est seulement de « tester la crédibilité de l’accusé », a expliqué M. Dalmau.

Rappelons que l’ex-animateur de 51 ans est accusé d’agression sexuelle, de harcèlement criminel et de séquestration à l’égard de Donald Duguay, avec qui il a notamment travaillé à la Société Radio-Canada en 1993.

Le procès d’Éric Salvail se poursuivra au début de novembre.