L’ex-conseiller politique libéral Martin Lapointe a été condamné à 45 mois de pénitencier la semaine dernière pour avoir exploité sexuellement trois adolescents dans les années 2000, alors qu’il était un influent dirigeant scout. Des crimes prémédités et planifiés à l’égard de victimes vulnérables, selon le juge.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« [Martin Lapointe] a abusé de la confiance mise en lui par le mouvement scout, les parents et la société en général qui ont des attentes précises quant au respect de la mission des scouts », a conclu le juge Serge Delisle, dans sa décision rendue jeudi dernier au palais de justice de Montréal.

L’homme de 48 ans a reconnu l’an dernier avoir profité de sa « position de confiance » comme dirigeant scout pour avoir des contacts sexuels avec deux adolescents. Il a également incité un garçon à toucher un autre adolescent devant lui. Ses victimes avaient de 16 à 17 ans. Il avait développé un attachement affectif « père-fils » avec l’un des garçons.

Même si ses crimes sont « circonstanciels » et ne sont pas reliés à un trouble sexuel enraciné de pédophilie, selon le sexologue Steve Titley, Martin Lapointe tend toujours « à banaliser la position de pouvoir qu’il avait envers les victimes du fait de son rôle aux scouts ainsi que de la vulnérabilité de ces jeunes ». Son risque de récidive demeure toutefois faible, selon le juge.

Le juge a rejeté pratiquement tous les arguments de la défense pour justifier une peine plus clémente de 18 à 24 mois de détention à l’ancien conseiller politique des ex-ministres provinciaux Lise Thériault et David Heurtel. L’accusé faisait en effet valoir comme facteurs atténuants le « consentement des victimes », sa « double vie » d’homosexuel dans le placard et sa méconnaissance de la criminalité de ses gestes.

« Quant à la prétention selon laquelle [Martin Lapointe] ne se doutait pas que son comportement était de nature criminelle à cause du comportement des adolescents, elle est particulièrement inquiétante, voire difficile à croire. D’abord considérant son âge à l’époque, sa longue expérience dans le mouvement scout et surtout le poste qu’il y occupait », tranche le juge.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Martin Lapointe, la semaine dernière, qui s’apprête à recevoir sa peine de prison.

« Le fait pour le délinquant d’avoir eu une double vie et d’avoir dû refouler son homosexualité parce qu’il désirait adopter un mode de vie normal, tel qu’il le dit, n’excuse en rien les infractions qu’il a commises », ajoute le juge. Le magistrat cite ainsi comme facteurs aggravants la durée des crimes (huit ans), le nombre de victimes, la nature des gestes, le mauvais traitement à l’égard de mineurs et l’abus de confiance.

La procureure de la Couronne, MAmélie Rivard, demandait une peine légèrement plus élevée de 48 mois de pénitencier.

Le juge reconnaît toutefois les regrets et les excuses « sentis et sincères » de Martin Lapointe. Ce dernier a témoigné en décembre dernier regretter profondément ses gestes « impardonnables » et « répréhensibles ». Il s’est carrément traité de « pourriture », de « monstre » et de « déchet » pendant son témoignage.

Avant sa carrière politique, Martin Lapointe s’était impliqué dans le mouvement scout au début des années 2000. Dans la jeune trentaine, il était commissaire du district de Montréal des scouts. Il côtoyait souvent sa première victime la fin de semaine pendant des activités de bénévolat. Le garçon de 16 ans s’était alors confié à lui au sujet de son identité sexuelle.

Un soir, Martin Lapointe et l’adolescent ont regardé des films pornographiques en consommant de l’alcool. Ils se sont ensuite masturbés et fait des fellations. Devenue adulte, la victime a dénoncé cette situation en 2008 à un responsable de l’organisation des scouts du Montréal métropolitain, ce qui a mené à la démission de l’accusé.

Martin Lapointe était l’animateur scout de sa seconde victime en 2005. Ils ont noué dans les années suivantes une relation d’attachement presque « père-fils », au point de se fréquenter en dehors du mouvement scout.

De fil en aiguille, ils ont eu des contacts sexuels, alors que le garçon avait 16 ans. Ces gestes se sont répétés entre 10 et 20 fois, parfois au travail ou au chalet de l’accusé, jusqu’à la majorité de la victime.

La troisième victime a dévoilé son homosexualité à Martin Lapointe pendant un camp scout en 2007. L’animateur était alors en situation de confiance auprès de l’adolescent qu’il connaissait depuis des années. Pendant ce camp, Martin Lapointe a incité le garçon et sa deuxième victime à avoir des contacts sexuels entre eux, pendant qu’il les regardait.