« C’est un prédateur sexuel, un sadique. C’était prévisible qu’en le remettant en liberté, il allait récidiver. »

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Depuis 15 ans, le nom de Michel Cox était bien enfoui dans les souvenirs de Sophie (prénom fictif).

Il est toutefois revenu ressasser de pénibles souvenirs il y a une semaine, lorsque le prédateur sexuel a été arrêté après avoir prétendument tenté d’enlever une adolescente de 16 ans à Outremont, en se faisant passer pour un policier.

En 2005, Cox a été condamné à 21 ans d’emprisonnement pour de violentes agressions commises sur huit femmes de 14 à 25 ans, à la pointe d’un couteau, au début des années 2000.

L’histoire de Sophie ne se retrouve pas parmi celles de ces huit victimes, mais la police estime qu’elle a également fait partie de la longue liste de proies de Cox.

Un soir, la femme, alors dans la fin de la vingtaine, faisait une marche dans le quartier Laval-des-Rapides, comme chaque jour. Elle étrennait un baladeur qu’elle venait d’acquérir et n’a pas entendu les pas accélérés de l’homme qui s’est approché par derrière.

L’agresseur a mis une main sur son visage, faisant tomber les lunettes de Sophie. Elle a crié et posé la main sur la lame du couteau que tenait le prédateur.

Une auto est passée lentement, la femme s’est crue sauvée, mais le véhicule a poursuivi son chemin.

Sophie a crié à en perdre la voix et s’est débattue. Elle a fini par se défaire de l’emprise de l’homme, à se précipiter sur le premier balcon éclairé et à marteler la porte.

Le citoyen a refusé de la faire entrer, mais il lui a apporté un téléphone, et elle a pu appeler ses parents, puis la police. Elle a été coupée à une main. La police croit que son agresseur est arrivé et a fui, en vélo.

Un enquêteur lui a présenté un tapissage de photos de suspects, mais elle a été incapable de l’identifier. Elle a été le sujet d’une séance d’hypnose au quartier général de la Sûreté du Québec, pour que les enquêteurs puissent obtenir le plus de détails possible. Lorsque les policiers ont avancé dans leur enquête, ils ont dit à Sophie qu’elle était l’une des premières victimes du suspect, car celui-ci avait vraisemblablement raffiné son mode opératoire depuis.

Un policier l’a appelée quand Cox a été arrêté en 2004. On l’a aussi prévenue lorsqu’il a été libéré en 2017.

Sadisme sexuel

Cox a été libéré d’office aux deux tiers de sa peine, comme le veut la loi. Les commissaires aux libérations conditionnelles lui ont toutefois imposé de sévères conditions, notamment demeurer dans une maison de transition, déclarer toute relation intime et sexuelle avec une femme, ne pas accéder à du matériel pornographique, ne pas être en présence de filles de moins de 18 ans – sauf des adolescentes de 16 et 17 ans, mais seulement pour des formations dans un établissement scolaire pour adultes – et suivre un programme de traitement sur la délinquance sexuelle.

Depuis juin dernier, les commissaires obligeaient Cox à dormir tous les soirs en maison de transition.

Lorsque sa peine sera terminée, le nom de Cox figurera sur une liste de délinquants à contrôler durant 10 ans. Il devra s’enregistrer dans les banques des délinquants sexuels jusqu’à la fin de ses jours.

En 2016, un psychologue a établi un diagnostic de sadisme sexuel et a évalué que le risque de récidive était élevé. Le professionnel a préconisé un maintien en incarcération, à moins que Cox ne collabore avec son agent de libération.

Or, en mars dernier, sa libération conditionnelle a été suspendue, car Cox n’a pas respecté deux conditions : il a été seul en présence d’enfants et a eu sur lui un téléphone cellulaire dont les autorités ne connaissaient pas l’existence.

Déplorant de plus l’oisiveté de Cox à ce moment, son agent a recommandé que sa libération conditionnelle soit révoquée, mais un commissaire aux libérations conditionnelles a annulé la suspension et l’a renvoyé en maison de transition, en lui servant un avertissement.

Pour avoir plus de facilité à trouver un emploi, Cox s’est adressé à l’État civil pour changer de nom, pour Michel Vautour. Mais aux yeux de Sophie, il est toujours le même individu.

« Si on regarde son pedigree, toutes les victimes qu’il a faites en même temps que moi, c’est un malade, ce n’est pas quelqu’un que tu peux réhabiliter. Je suis déçue que la justice soit comme cela. Qu’on le remette en liberté pour qu’il fasse d’autres victimes, pour moi, c’est insensé », dit-elle.

Quiétude perdue

Lorsqu’elle a appris l’arrestation récente de Cox, le premier réflexe de Sophie a été d’applaudir la réaction de l’adolescente qui s’est débattue, comme elle, et l’homme qui a pris en note le numéro de plaque et qui a permis l’arrestation rapide du prédateur, limitant ainsi les dommages.

Elle a encore en tête l’image de cette voiture qui avait passé près d’elle alors qu’elle se faisait attaquer il y a 15 ans et qui s’était éloignée, et cet homme qui avait refusé de la laisser entrer.

Si vous voyez des gens en détresse, ne passez pas votre chemin en disant que ce n’est pas de vos affaires. Vous devez intervenir et porter assistance à la personne. Vous n’êtes pas obligé de sortir de l’auto et vous battre avec l’individu. Klaxonnez, composez le 911, agissez, ça pourrait éviter bien des drames.

Sophie

Elle espère qu’à part l’adolescente d’Outremont, d’autres n’ont pas été agressées avant que Cox soit appréhendé, une information que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’a pas voulu préciser, puisque l’enquête débute.

« Je m’en suis sortie. Je suis fière de m’être défendue, d’avoir crié. Mais aujourd’hui, est-ce que je vais marcher seule dans la rue ? Pas souvent. Ç’a tout brisé le sentiment de plénitude que j’avais quand j’allais marcher. Il m’a enlevé ça. Je ne retrouverai jamais cette quiétude, mais ça aurait pu être pire », conclut Sophie.

Le SPVM invite toutes les victimes d’agression sexuelle à se présenter à leur poste de quartier ou à communiquer avec le 911 afin qu’elles puissent déposer une plainte et obtenir le soutien nécessaire.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.