Détenu depuis une cinquantaine de jours pour avoir présumément commandité l’assassinat d’un avocat civiliste, le promoteur immobilier de Joliette Jean-François Malo a obtenu sa libération provisoire ce matin.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Après avoir essuyé un premier échec en Cour du Québec à la suite de son arrestation le 20 juin, Malo s’est adressé au juge James L. Brunton de la Cour supérieure, qui a accepté de le libérer en attendant la suite des procédures, sous de fortes conditions.

Un interdit de publication nous empêche de dévoiler la preuve entendue lors des deux enquêtes sur remise en liberté.

Ce matin, au palais de justice de Montréal, le juge Brunton a rejeté certains des arguments présentés par l’accusé de 41 ans, notamment une nouvelle preuve déposée, mais a conclu que Malo avait rencontré son fardeau quant au respect des conditions qui lui seraient imposées et à son plan de sortie.

Le juge a toutefois rendu oralement une décision partielle ; une copie écrite sera disponible dans les prochains jours.

En attendant les mots « vous avez rencontré votre fardeau », Malo, qui assistait à l’audience en visioconférence, à partir de la prison de Sorel, a fondu en larmes.

« Merci, monsieur le juge », a-t-il lancé, en pleurant de joie.

Sérieuse mise en garde du juge

Avant qu’il soit libéré, une proche de Jean-François Malo doit s’engager pour un dépôt de 50 000 $ et Malo lui-même, pour une somme de 100 000 $.

Parmi les autres conditions qu’il doit respecter, il doit demeurer à sa résidence de Joliette et respecter un couvre-feu de 21 h à 6 h, déposer son passeport et ne pas en demander un nouveau, ne pas quitter le Québec, s’enregistrer au poste de la SQ de Joliette deux fois par semaine, et ne pas communiquer avec une dizaine de personnes, dont les individus accusés d’avoir tiré sur le civiliste Nicholas Daudelin, ce dernier, la conjointe de ce dernier, ainsi que quatre autres avocats.

Le juge Brunton a fortement insisté sur ce qu’il pourrait arriver à Malo s’il ne respectait pas ses conditions ; il pourrait être accusé de non-respect des conditions, la personne qui a versé les 50 000 $ et lui-même pourraient perdre leur dépôt et enfin, la Poursuite pourrait présenter une nouvelle demande pour qu’il soit réincarcéré en attendant la suite des procédures.

« La cause pourrait facilement durer 24 mois. Donc, vous pourriez rester détenu 24 mois », a prévenu le juge.

« Je vous ai bien compris. Soyez assuré que je ne décevrai pas le tribunal », a promis Malo.

Puis son avocat, MKarl Emmanuel Harrisson, s’est levé et a demandé au magistrat si son client pouvait se rendre à sa résidence secondaire.

« Il n’en est pas question », a répondu le juge Brunton sans la moindre hésitation.

On ignore pour le moment si la Poursuite en appellera de cette décision. «La Poursuite prend acte de la décision de l'Honorable juge Brunton et attend d'avoir en main le jugement écrit avant d'évaluer la suite des choses», a déclaré à La Presse l'un des procureurs au dossier, Me Claude Doire.

Selon la théorie de la Poursuite et de la police, Malo aurait commandité l’attaque contre le civiliste MNicholas Daudelin, car ce dernier représentait Desjardins dans une poursuite contre le promoteur immobilier de Joliette. L’institution financière prétend que Malo a participé à une fraude de 3,4 millions.

Le mandat d’arrêt contre Jean-François Malo indique qu’il aurait commandité l’attaque contre le civiliste pour faire dérailler le processus judiciaire.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.