Le jeune proxénète David Maignan risque d’écoper de trois ans et demi de prison pour avoir mené une fugueuse de centre jeunesse à se prostituer dans un motel ontarien pendant cinq jours en 2018. Sa victime de 17 ans devait recevoir des clients du matin au soir.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Le Montréalais de 20 ans a plaidé coupable lundi dernier au palais de justice de Montréal à des accusations de publicité de services sexuels et d’avantage matériel provenant de la prestation de services sexuels d’une personne âgée de moins de 18 ans. La peine minimum est de deux ans pour ce dernier chef.

David Maignan fait aussi toujours face à une accusation plus grave de proxénétisme d’une personne mineure, dont la peine maximum est de cinq ans. Cependant, ce chef sera vraisemblablement abandonné par la Couronne une fois la suggestion commune de 42 mois et demi de pénitencier entérinée par la cour cet automne.

L’adolescente rencontre l’accusé une semaine après avoir fugué d’un centre jeunesse en janvier 2018. David Maignan tisse alors sa toile autour de la victime. À la mi-février, ils prennent la route vers l’Ontario avec un autre homme, sous de fausses identités. Ils séjournent dans un motel de Mississauga, en banlieue de Toronto.

La victime commence alors à travailler comme escorte. David Maignan se charge de tout. C’est lui qui détermine la durée et la nature du service sexuel qu’elle doit rendre, et c’est lui qui récolte l’entièreté des gains. Il publie également des annonces pour mousser les services de la victime, décrite comme une femme de 19 ans d’origine irlandaise ou russe, alors qu’elle est Québécoise.

Bracelet électronique

David Maignan, surnommé Lingo, communique avec la victime sur l’application Snapchat, reconnue pour la durée éphémère des messages. Il évite ainsi Instagram et Messenger par peur qu’on retrouve la fugueuse. En seulement deux jours, la victime affirme avoir rapporté 2500 $ en services sexuels. À la suite d’un conflit sur l’argent, elle informe son copain sorti de prison de l’endroit où elle se trouve. Celui-ci contacte les policiers, qui la retrouvent dans le motel.

L’Équipe intégrée de lutte contre le proxénétisme lance un mandat d’arrêt pancanadien en juillet 2018 pour retrouver David Maignan. Ce dernier est alors considéré par les policiers comme étant violent et possiblement armé. Il est arrêté en septembre suivant, mais obtient sa remise en liberté. Il porte depuis un bracelet électronique et réside dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce.

David Maignan conserve toujours sa liberté, malgré sa reconnaissance de culpabilité, puisque les avocats se sont entendus pour présenter leur suggestion de peine le 29 septembre prochain. Selon l’avocat de la défense, MRamy El-Turaby, il est important d’attendre le retour au pays du père de l’accusé, dans deux mois. Son père est apparemment en Russie pour le travail.

Le juge Jean-Jacques Gagné n’a toutefois pas semblé très chaud à l’idée de reporter l’imposition de la peine pour cette raison. « Je vais me rendre à votre demande, mais ce n’est pas une pratique qui m’apparaît encouragée par les tribunaux supérieurs. Mais je ne vais pas remettre ça à octobre ou novembre », a-t-il affirmé.

MJean-François Roy représente le ministère public dans ce dossier.