(Halifax) Les proches des victimes assassinées lors de la tuerie de masse dans le centre de la Nouvelle-Écosse, en avril, cherchent à lancer une action collective contre la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et la province, arguant que la police n’a pas protégé ni informé adéquatement le public pendant les attaques.

Michael Tutton
La Presse canadienne

Dans des documents déposés à la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse, les plaignants allèguent que la GRC a échoué à envoyer des avertissements appropriés et dans les meilleurs délais aux citoyens lorsqu’un homme armé a tué 22 personnes dans cinq communautés les 18 et 19 avril.

Les allégations contenues dans le document du 16 juin n’ont pas été prouvées devant les tribunaux et ni la GRC ni la province n’ont déposé de défense.

Les personnes inscrites au recours collectif sont Andrew O’Brien, le veuf de l’infirmière Heather O’Brien, et Tyler Blair, le fils de Greg Blair et le beau-fils de Jamie Blair.

L’avocate Sandra McCulloch affirme que la « majorité » des membres des familles des victimes participent à l’effort pour certifier le recours collectif.

Les plaignants incluent également des personnes blessées par le tireur — qui a été tué par la police le 19 avril à l’extérieur d’une station-service à Enfield, en Nouvelle-Écosse — et d’autres qui ont subi des dommages matériels lorsque le tueur a incendié des maisons dans plusieurs communautés.

Le ministre provincial de la Justice, Mark Furey, a refusé de commenter l’éventuelle poursuite, tandis que la GRC a déclaré qu’elle n’avait pas encore été signifiée et « examinera une telle réclamation une fois la signification effectuée ».

« Nous ne prévoyons pas faire d’autres commentaires à ce sujet. Notre objectif principal est toujours d’enquêter sur les affaires criminelles en cours et de soutenir les victimes de cette tragédie ainsi que nos membres et employés », a écrit la caporale Jennifer Clarke, porte-parole de la GRC, dans un courriel.

La poursuite allègue en outre que la police fédérale n’a pas enquêté sur les informations selon lesquelles Gabriel Wortman possédait des armes à feu illégales et aurait agressé physiquement sa partenaire.

Les gendarmes ont déclaré qu’ils recherchaient toujours les dossiers d’une plainte de Brenda Forbes en 2013, mais ont confirmé que deux agents avaient eu des contacts avec Brenda Forbes en 2013. La GRC a ajouté qu’elle examinait les notes et les rapports de ces agents concernant l’incident de 2013.

Les plaignants affirment également que la police n’a pas correctement sécurisé le périmètre de la scène du crime à Portapique et dans ce secteur de la Nouvelle-Écosse, où l’attaque a commencé.

La GRC a déclaré lors de conférences de presse que Gabriel Wortman avait réussi à échapper à la police peu de temps après l’arrivée des premiers agents sur les lieux en conduisant une réplique d’un véhicule de la GRC à travers un champ dans la petite communauté.

Les plaignants disent également que la publication par la GRC d’une alerte sur Twitter était inadéquate parce que de nombreuses personnes n’utilisent pas les médias sociaux, la couverture Internet était inadéquate et les informations contenues dans les avis sur Twitter n’étaient pas suffisantes pour permettre aux gens de se protéger.

Ils soutiennent que la police aurait dû utiliser le système « En Alerte » pour envoyer une alerte d’urgence à la province que le tueur était en liberté.

Le système national « En Alerte » peut être utilisé pour envoyer des alertes par l’entremise de la télévision, la radio et les appareils sans fil, y compris les téléphones portables.

L’officier des opérations criminelles de la GRC de la Nouvelle-Écosse a déclaré lors d’une récente conférence de presse que le système avait été utilisé pour la première fois dans la province quelques semaines plus tôt seulement pour fournir des informations sur la pandémie de COVID-19.

Il a également déclaré qu’il n’était pas au courant qu’En Alerte avait déjà été utilisé par la police au Canada pour une situation de tireur actif.

La poursuite demande des dommages-intérêts punitifs contre la GRC pour la façon dont elle a mené l’enquête sur la tragédie.

Selon la déclaration, la GRC a remis l’automobile d’une victime aux membres de sa famille « après l’enquête alors qu’il y avait des cartouches et des morceaux de corps encore dans l’automobile. Les membres de la famille ont dû nettoyer eux-mêmes l’automobile ».

Bien que les documents aient été déposés, la poursuite doit encore être certifiée par les tribunaux.

Il s’agit d’une deuxième demande d’action collective déposée par ces familles de la Nouvelle-Écosse. Le même cabinet d’avocats a intenté précédemment une action en dommages-intérêts au nom des familles des victimes contre la succession de Gabriel Wortman, dont la valeur a été évaluée à plus de 1,2 million de dollars.