Diane Déry et Mario Corbeil, âgés de 13 et 15 ans, ont été brutalement assassinés durant une balade à moto dans un boisé de Longueuil il y a 45 ans – un crime toujours non résolu. Aujourd’hui, un nouveau témoin se manifeste et apporte un nouvel éclairage potentiellement explosif.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Une bande-annonce révélatrice

Il était près de 20 h 15, un mardi soir, lorsque Mario Corbeil a invité son amie Diane Déry à faire un tour sur sa nouvelle moto Kawasaki rouge.

L’adolescent de 15 ans était fier de son nouvel engin offert par ses parents ce jour-là, et avait fait faire des tours à plusieurs de ses amis.

Mario les emmenait près de chez lui, le long du boulevard Roland-Therrien, à Longueuil. Il empruntait ensuite un sentier qui s’enfonçait dans un boisé situé au bout du boulevard, près de la base des Forces armées canadiennes de Saint-Hubert.

En cette soirée de la fin de mai, Mario Corbeil et Diane Déry, âgée de 13 ans, ont quitté la résidence de cette dernière. Ils ne sont jamais rentrés.

Une battue a été organisée quelques heures plus tard par les familles des deux adolescents, sans succès. Le lendemain matin, vers 7 h 20, des policiers ont trouvé dans le boisé les corps sans vie des deux adolescents. Atteints de plusieurs balles de calibre 22 à bout portant, notamment à la tête et à la poitrine, leurs corps avaient été placés l’un sur l’autre. Certains détails laissent présumer que les corps étaient dénudés, mais les rapports de police ne sont pas clairs sur ce point.

Survenu il y a 45 ans, le double meurtre a fait l’objet de nombreuses spéculations au fil des ans. Des policiers ont émis l’hypothèse que des adolescents auraient pu être responsables du meurtre. Récemment, la série Le dernier soir, une grande enquête réalisée par la journaliste Monic Néron, diffusée à Radio-Canada, a mis au jour plusieurs éléments inédits – notamment liés au fait que les enquêteurs n’auraient pas fait leur travail correctement, à une époque où les techniques d’enquête n’étaient pas aussi poussées, et où les crimes violents étaient beaucoup plus fréquents qu’aujourd’hui à Longueuil.

Plus tôt cette année, Marc Doiron, monteur son à Radio-Canada, a figé lorsqu’il était en train de travailler sur la bande-annonce du Dernier soir dans un studio de la société d’État.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Aujourd’hui monteur son à Radio-Canada, Marc Doiron vivait en 1975 tout près du lieu des meurtres. Les hivers, il avait l’habitude d’aller jouer au hockey avec d’autres jeunes du quartier sur cet étang, situé à 300 m de l’endroit où Diane Déry et Mario Corbeil ont été retrouvés morts.

En 1975, M. Doiron vivait tout près du lieu des meurtres avec sa famille sur la base des Forces armées canadiennes qui jouxte l’aéroport de Saint-Hubert.

« J’avais 13 ans à cette époque-là, et je me souviens très bien du meurtre de Diane et Mario, dit-il en entrevue. C’est quand j’ai entendu la mention d’une carabine de calibre 22 dans le reportage que j’ai ressenti un déclic. Le lien s’est fait. »

Une personne menaçante

Les hivers, Marc Doiron avait l’habitude d’aller jouer au hockey avec d’autres jeunes du quartier sur un étang qui gelait dans le boisé non loin du boulevard Roland-Therrien et du boulevard Vauquelin, près de la base militaire. Il se souvient aujourd’hui d’un incident qui l’a marqué à cette époque.

« C’était à la fin de l’hiver, soit en 1974 ou en 1975, donc j’avais 12 ou 13 ans. C’était probablement en mars, car je me souviens que le temps était assez doux. »

Un des jeunes du secteur s’appelait « Danny » [nous utilisons un prénom fictif, car cette personne n’était pas majeure au moment des faits]. Danny habitait à deux maisons de chez Marc, sur la base militaire.

« Je le connaissais très bien. C’était quelqu’un de menaçant. Il ne jouait pas avec nous, il était plutôt solitaire… C’était le genre de gars qui faisait des lancers frappés juste en avant de toi pour t’intimider. »

Danny essayait constamment de piéger des gens, même ses amis, se souvient M. Doiron.

« Son trip, c’était de faire peur au monde. Un jour, il a recouvert un trou d’homme avec des feuilles et des branches, et a fait marcher son ami dedans. Ou bien à la piscine, il calait la tête de quelqu’un jusqu’à ce qu’il soit sur le point de perdre connaissance. Une fois, Danny a attaqué la mère d’un ami au couteau, sans la blesser. Ça n’avait pas de bons sens… C’était une personne assez violente. »

Le jour de l’incident dont il s’est souvenu, Marc jouait avec des amis au hockey sur l’étang dans le boisé. Les jeunes utilisaient des bottes pour délimiter les buts.

« Tout à coup, on a entendu un coup de feu. La balle a atteint une des bottes. »

Marc a regardé dans la direction d’où était venu le tir. Il a aperçu Danny.

« Il était loin, à une centaine de pieds environ. Quelqu’un a dit qu’il avait une carabine 22. Après avoir tiré, Danny a continué son chemin en riant. J’ai décidé de rentrer chez moi, car je ne voulais pas risquer de le croiser sur le chemin du retour… »

C’est le lien entre le comportement menaçant et gratuit de Danny avec sa carabine de calibre 22 et les meurtres de Diane Déry et Mario Corbeil dans le même boisé qui est revenu en tête à Marc Doiron. À peine 300 m séparaient la patinoire improvisée et le lieu où Diane Déry et Mario Corbeil ont été retrouvés morts en 1975.

Je me dis que Danny était peut-être dans le bois ce soir-là, et qu’il a pu jouer un mauvais tour à Diane et Mario. Ça vire mal, il panique… Et on connaît la suite.

Marc Doiron

Tout doute sur la personnalité trouble et violente de Danny s’est envolé l’année suivante, en 1976, quand il a tué un de ses amis, Ralph Edwards.

Neuf ans de prison

Ce meurtre est survenu à Longueuil après que Danny, Ralph Edwards et un autre ami eurent commis un vol de 600 $ dans un restaurant. Le coroner a conclu que Ralph Edwards, 19 ans, avait été atteint par balles au cerveau, au cœur et aux poumons.

Durant son procès, Danny a dit avoir tiré par accident sur Edwards, puis l’avoir achevé d’un autre coup de feu, car il avait « perdu la maîtrise de [lui]-même ». En 1977, Danny a été condamné à neuf ans de prison pour homicide involontaire et vol à main armée.

C’est troublant, la facilité avec laquelle il a fait ça. Ça prend un profil dérangé pour tirer sur un ami par accident, puis décider de l’achever par la suite au lieu de l’aider.

Marc Dorion

L’histoire de Marc Doiron a été relatée plus tôt ce mois-ci par John Allore, auteur et animateur de l’émission balado Who Killed Theresa ?, qui se penche sur les meurtres non résolus au Québec.

Au cours de ses recherches, M. Allore a appris que Danny était devenu un criminel de carrière. En plus d’avoir été emprisonné pour le meurtre de Ralph Edwards, il a fait de la prison pour vol, utilisation dangereuse d’un véhicule automobile et délit de fuite lors d’un vol de banque et d’une station-service avec un fusil à plomb et une machette en 2005, notamment. Les décisions de la cour indiquent qu’il était dépendant à l’alcool et aux drogues.

En parlant à des gens qu’il avait connus à l’époque, Marc Doiron a quant à lui appris que Danny aurait changé de nom et déménagé dans la région de Toronto après avoir été emprisonné pour le meurtre de Ralph Edwards. Il l’aurait fait pour s’éloigner de Longueuil et de la famille de la victime.

Aujourd’hui, Marc Doiron dit prendre la parole publiquement pour ajouter son témoignage à cette étrange affaire. Il dit avoir contacté l’enquêteur affecté au dossier ainsi que la famille d’une des victimes.

« Si mon témoignage peut aider à faire avancer ce dossier et à apporter un nouvel éclairage, ce serait un grand bonheur », dit-il.

Le lieutenant Hugo Fournier, porte-parole de la Sûreté du Québec, note que le dossier sur le meurtre de Diane Déry et Mario Corbeil est toujours actif et appartient à la division des crimes non résolus du corps de police. « Tout nouvel élément potentiel sera examiné », dit-il.

Toute information pouvant aider à résoudre un crime peut être communiquée à la Centrale de l’information criminelle de la Sûreté du Québec, au 1 800 659-4264.