Pas moins de six bars ont été les cibles d’incendiaires en moins d’une semaine à Montréal. Cette vague d’incendies criminels pourrait avoir comme toile de fond un conflit entre deux groupes, selon certaines sources, même si la police n’exclut aucune hypothèse et ne tisse pas nécessairement un lien unique entre tous ces évènements.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Les établissements visés sont tous situés dans le nord de la métropole, entre le boulevard Saint-Laurent et l’avenue Musset, et le boulevard Crémazie et la rue Bélanger, sur un territoire d’environ 4,5 kilomètres sur près de 3 kilomètres. Autre fait à noter, certains des bars ciblés sont situés relativement près l’un de l’autre. Certains d’entre eux ont les mêmes propriétaires ou seraient contrôlés par les mêmes individus, même si les noms de ces derniers n’apparaissent pas au Registraire des entreprises. 

Les deux derniers établissements ciblés par des incendiaires l’ont été dans la nuit de samedi à dimanche. Un objet incendiaire a d’abord été lancé dans une fenêtre du restaurant-bar after hours Gigi’s, situé au coin des rues Saint-Zotique et Saint-Dominique, dans la Petite Italie, vers 0 h 45. Le deuxième incendie criminel est survenu une quinzaine de minutes plus tard au pub Zecky’s, rue Jean-Talon, près de l’avenue Musset, plus à l’est, dans le quartier Saint-Michel.

Les pompiers ont rapidement éteint les flammes et fait appel au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Personne n’a été blessé et les dommages sont mineurs. En principe, la plupart des restaurants et bars sont censés être fermés en raison des mesures mises en place pour contrer la propagation du coronavirus.

L’enquête a été confiée aux membres de la Division des crimes contre la propriété du SPVM, section des incendies criminels, qui examinent déjà les quatre autres attaques commises contre des bars depuis lundi dernier.

Selon nos informations, dans les six cas, le crime a été commis de la même façon : ce sont un ou des cocktails Molotov qui ont été lancés sur ou dans les commerces.

Chaque fois, les dommages sont mineurs. Ce qui laisse croire que les auteurs des attaques veulent envoyer un message aux propriétaires des établissements visés et qu’un remboursement par les compagnies d’assurances ne serait pas le mobile du crime. Les propriétaires des établissements ciblés ne seraient pas très coopératifs avec la police, semble-t-il.

Trafic de drogue

La Régie des alcools, des courses et des jeux a suspendu durant 60 jours les permis d’alcool de l’un des bars visés, le Cherry, en 2016, notamment parce que les policiers du SPVM avaient prouvé qu’il s’y déroulait du trafic de stupéfiants, entre 2007 et 2013. 

La police croit que les groupes criminels ont vu leurs revenus baisser depuis le début de la pandémie de COVID-19 et que pour éponger leurs pertes, ils se tourneraient davantage vers les activités traditionnelles, comme le prêt usuraire, et seraient plus insistants pour collecter l’argent qu’ils ont « sur la rue ». Cela pourrait être l’un des mobiles des incendies criminels.

Des sources policières et du milieu criminel n’écartent toutefois pas qu’il puisse s’agir d’un conflit entre deux groupes pour le contrôle d’activités ou d’un territoire. 

Une dispute entre clans de la mafia ou du crime organisé à un niveau supérieur est également possible.

Certains des bars visés sont situés dans des territoires reconnus pour être contrôlés par un ou des clans spécifiques de la mafia montréalaise. 

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Un objet incendiaire a été lancé dans une fenêtre du restaurant-bar Gigi’s, situé au coin des rues Saint-Zotique et Saint-Dominique.

La dernière vague d’incendies criminels dans le milieu du crime organisé remonte à 2016, alors que plusieurs propriétés d’un individu que la police considère comme un acteur important de la mafia montréalaise, Marco Pizzi, avaient été ciblées, lui y compris, lors d’une spectaculaire tentative de meurtre survenue à Montréal-Est.

Au moins deux autres vagues d’incendies criminels se sont produites à Montréal entre 2009 et 2011, au plus fort d’un putsch tenté par différents groupes pour renverser le clan Rizzuto à la tête de la mafia montréalaise.

C’est très calme au sein de la mafia depuis le meurtre du chef de clan Andrew Scoppa commis en octobre dernier. Les choses pourraient peut-être bientôt changer, exacerbées par la pandémie de COVID-19, croit une source du milieu.

« Ça risque de chauffer davantage cet été. Les gens ont très faim », nous a-t-elle dit. 

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca