(Halifax) Fortement critiquée pour la façon dont elle a choisi d’alerter le public lors de la cavale meurtrière de 12 heures d’un suspect qui a fait 23 morts en Nouvelle-Écosse, dont le tireur, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a défendu mercredi sa décision de se tourner vers le réseau social Twitter, la jugeant plutôt efficace.

Michael MacDonald et Keith Doucette
La Presse canadienne

Depuis les terribles évènements du week-end dernier, des citoyens ont ouvertement demandé pourquoi aucune alerte d’urgence n’avait été transmise sur les téléphones portables et les téléviseurs des Néo-Écossais, comme en cas d’orages violents par exemple, alors qu’une cavale meurtrière était en cours.

Pendant qu’un « tireur actif » se déplaçait dimanche matin en Nouvelle-Écosse, le consulat américain à Halifax envoyait des alertes par courriel à ses ressortissants pour les prévenir du danger, alors que la GRC se tournait vers Twitter pour transmettre des mises à jour de la chasse à l’homme. Marcia R. Seitz-Ehler, porte-parole du consulat américain à Halifax, a déclaré que l’avertissement par courriel provenait des informations du compte Twitter de la GRC.

En conférence de presse, mercredi, le surintendant de la GRC Chris Leather a rappelé que la police avait reçu un premier appel pour des coups de feu à Portapique à 22 h 26 samedi soir, un petit village situé 130 kilomètres au nord d’Halifax.

Une fois arrivés sur place, les policiers ont déterminé qu’il y avait eu homicide, mais ils n’ont pas réalisé avant dimanche matin, 8 h 02, que le suspect avait quitté la scène du crime. C’est alors que la GRC a commencé à publier une série de gazouillis sur son compte Twitter au sujet d’un « tireur actif », a expliqué l’officier de la GRC.

M. Leather lisait toutefois soigneusement la déclaration qui avait été préparée, visiblement conscient que le choix de la GRC de se tourner vers Twitter était scruté à la loupe par les médias et le public.

Lorsque les journalistes ont demandé mercredi en conférence de presse au premier ministre Stephen McNeil pourquoi la province n’avait pas émis d’alerte d’urgence en se basant sur les informations du fil Twitter de la GRC, il a répondu que les responsables des urgences ne pouvaient pas agir avant que la police n’ait préparé un message dûment approuvé. Or, « aucun message n’a été reçu de la GRC, même si le Bureau avait communiqué plusieurs fois au cours de la matinée avec la police fédérale », a soutenu le premier ministre.

Le Bureau des mesures d’urgence a contacté la GRC à 10 h 15 pour discuter d’une alerte à la population, et la police fédérale était en train de préparer un message d’alerte lorsque le suspect a finalement été abattu, selon M. Leather.

Ils auraient aimé savoir

Les résidents de certaines des cinq communautés où le tueur a frappé ont déclaré qu’ils auraient changé leur comportement si une alerte avait été envoyée. David Matthews et sa femme se promenaient à Wentworth, dimanche matin, quand ils ont entendu un bruit qui pouvait ressembler à un coup de feu — mais peut-être pas, au fond. En rentrant chez eux, des amis les appelaient pour leur dire qu’il y avait un tireur actif en liberté dans les environs. Ils ont appris plus tard qu’un autre promeneur avait été abattu ce matin-là, sur une route près de là.

La GRC a confirmé mardi que le nombre de morts était passé à 23, dont le tireur présumé. Parmi les 22 victimes du tueur, on compte une enseignante, deux infirmières, des voisins du tireur, deux agents correctionnels, une policière de la GRC et une adolescente de 17 ans. La police fédérale a confirmé mercredi que Gabriel Wortman, âgé de 51 ans, abattu par la police dimanche, avait agi seul ; l’enquête se poursuit pour déterminer s’il avait obtenu de l’aide avant de passer à l’acte.

La GRC avait déjà confirmé que le tueur portait un authentique uniforme de police. Plus tôt cette semaine, le surintendant Leather avait indiqué que le suspect, sur une partie de son itinéraire funeste, avait conduit un véhicule « identique » à une auto-patrouille de la GRC. M. Leather a précisé mercredi que la GRC ne savait pas avant 7 hou 8 h dimanche matin que le suspect était déguisé en policier et conduisait un faux véhicule de la police. Cette information a été donnée par un témoin.

16 scènes de crimes

Selon la GRC, des policiers ont été dépêchés samedi à Portapique vers 22 h 30 pour une plainte concernant des armes, mais une série d’appels ultérieurs au 9-1-1 a clairement indiqué que quelqu’un tirait sur des gens dans la région.

Les policiers de la GRC ont rapidement découvert plusieurs victimes à l’intérieur et à l’extérieur d’une résidence à Portapique, mais l’assaillant avait déjà disparu. Certaines maisons dans la région ont par ailleurs été incendiées.

La chasse à l’homme s’est poursuivie toute la nuit et jusqu’à dimanche midi, dans plusieurs petites communautés du nord de la Nouvelle-Écosse, notamment Wentworth, Debert et Shubenacadie. Selon la police, le suspect a abattu des personnes qu’il connaissait et d’autres de façon aléatoire. Wortman, un denturologiste de Halifax originaire du Nouveau-Brunswick, a finalement été abattu par la police dans une station-service à Enfield, dimanche vers midi.

La police enquête sur 16 scènes de crime réparties sur 90 kilomètres, à Portapique, Wentworth, Debert, Shubenacadie/Milford et Enfield. Au total, cinq structures ou véhicules ont été incendiés, bien que la chronologie exacte des évènements ne soit pas claire.

L’armée canadienne a par ailleurs été appelée pour aider la GRC à enquêter sur l’une des plus importantes tueries de l’histoire du pays. Dans un communiqué, l’armée indique qu’elle a fourni du personnel, des tentes modulaires, des lampes, des tables, des chaises et des générateurs à plusieurs endroits. Des photos de Portapique montrent un gros camion militaire et d’autres petits véhicules stationnés le long de l’entrée de la route Portapique Beach, où la tuerie a commencé samedi soir.

Un officier à la retraite de la GRC explique que cette vaste enquête policière mettra à rude épreuve les effectifs de la police fédérale en Nouvelle-Écosse. Pierre-Yves Bourduas, ancien sous-commissaire de la GRC, est aussi d’avis que les policiers auront besoin d’aide pour faire leur travail.