Le dirigeant d’un « club social » de pédophiles a écopé mercredi de 12 ans de détention pour avoir agressé sexuellement deux garçons vulnérables et avoir mis sur pied une plateforme de partage de pornographie juvénile pour des pédophiles québécois. Dès sa sortie de prison, André Faivre entend toujours militer en faveur de la pédophilie, s’inquiète toutefois le juge.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Pendant des décennies, il a clairement été un acteur de premier plan dans l’exploitation sexuelle des enfants et adolescents. […] [Ses] distorsions cognitives sont toujours très profondément ancrées en lui relativement à l’acceptabilité de la pédophilie », a souligné le juge Yvan Poulin, en déclarant l’homme de 71 ans délinquant à contrôler.

Le pédophile sera ainsi soumis à une surveillance de longue durée pendant 10 ans à la fin de sa peine, en plus d’être privé d’internet pour les 15 prochaines années. Cependant, il reste un peu moins de quatre ans à sa peine, puisque ses quatre années de détention préventive ont été calculées à temps double en raison de la date de la commission des crimes.

Le juge relève dans sa décision la remise en question « extrêmement limitée » de l’accusé, ses regrets à la sincérité « douteuse » et sa détermination « particulièrement préoccupante » de poursuivre son militantisme au sein du mouvement « BL », soit des pédophiles se disant « Boy Lover ».

PHOTO ROBERT NADON, ARCHIVES LA PRESSE

André Faivre en 1991

Érudit et autodidacte, André Faivre a fondé en 2003 WebBLeu, un service de courriel sécurisé destiné aux pédophiles. Un des principes-clés de son organisation était de « valoriser la pédophilie » et de « changer les perceptions » au sujet des « BL ». Une douzaine de Québécois se sont servis de cette plateforme pour échanger et stocker de la pornographie juvénile pendant des années, jusqu’à leur arrestation dans l’opération « Malaise ».

André Faivre s’est fait pincer grâce à un agent d’infiltration qui a intégré le groupe en se faisant passer pour un pédophile attiré par les jeunes garçons. Pendant des mois, André Faivre lui a donné des conseils pour s’en prendre au jeune voisin fictif de l’agent d’infiltration. « Il l’a conseillé et épaulé relativement aux diverses approches lui permettant de s’entourer de jeunes garçons », avait conclu en 2018 le juge Yvan Poulin, en reconnaissant coupable André Faivre de tous les chefs d’accusation.

Au moment de son arrestation, le leader du groupe de pédophile était en train de mettre sur pied un jeu de type grandeur nature spécifiquement destiné aux jeunes garçons, intitulé « Garçons dragon ».

Cette décision met un point final à l’opération Malaise qui a mené à la condamnation d’une quinzaine de pédophiles du « club social ».

André Faivre s’en est également pris à deux jeunes garçons. Au début des années 80, il a abusé une trentaine de fois d’un adolescent qui éprouvait de lourds retards de développement, alors qu’il l’avait accueilli en foyer d’accueil. Les gestes sexuels ont persisté pendant des années sur une base régulière.

En 1999, devenu éducateur dans un foyer d’accueil pour jeunes garçons, André Faivre a agressé sexuellement un enfant de neuf ou dix ans. Il écrivait ensuite des « chroniques » dans lesquelles il décrivait sa relation avec la victime de manière explicite, puis partageait celles-ci sur un forum internet de pédophiles.

Les avocats de la défense réclamaient la libération immédiate d’André Faivre étant donné sa détention préventive. Or, le juge Poulin a souligné à plusieurs reprises son risque « élevé » de récidive et la nécessité de protéger le public.

Le juge a ainsi accordé « très peu » de poids au rapport du psychiatre DLouis Morissette qui concluait à un « faible » risque de récidive. Le magistrat a souligné les « lacunes » et « déficiences » de ce rapport.

« Les tribunaux continuent de dire que la société ne tolérera jamais qu’on puisse faire du mal aux enfants, qu’on puisse les abuser et il faut donner des peines exemplaires pour ça », a commenté la procureure de la Couronne Me Cynthia Gyenizse en mêlée de presse.

Me.  Cynthia Gyenizse et Me.  Sylvie Lemieux représentaient le ministère public, alors que Me Réginal Victorin, Me.  Jean Dury et Me.  Andrée-Anne Blais défendaient André Faivre.