L’épisode tragique survenu dans l’est de Montréal mercredi laisse le voisinage sous le choc et a grandement affecté la communauté maghrébine des environs. Dans ce secteur paisible, le souvenir d’une mère de famille dévouée et de ses deux jeunes enfants partis trop tôt restera bien ancré dans les esprits.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Une bonne vivante au sourire radieux et au regard pétillant : c’est le souvenir que laisse Dahia Khellaf dans l’esprit de Thiziri Ramdane, son amie. Elles se rencontraient souvent dans des soirées festives réunissant plusieurs femmes de la communauté algérienne de Montréal et ses environs.

« On est toutes surprises. En tant que femmes, ça nous choque. On ne savait pas ce qui se passait, on n’a rien fait pour l’aider. C’est pas facile à entendre, cette histoire », confie Mme Ramdane. Elle a connu Dahia Khellaf alors que celle-ci venait de s’installer au Québec.  

Dahia Khellaf et ses deux fils, âgés de 2 et 4 ans, ont été trouvés sans vie mercredi matin dans leur résidence. Ce drame survenu à Montréal dans le secteur de Pointe-aux-Trembles semble être un triple homicide.

Le père de la famille, un homme de 46 ans nommé Nabil Yssaad, était séparé de Mme Khellaf et se serait donné la mort la veille. Le tribunal lui avait ordonné de ne pas s’approcher de son ex-femme, qui a plusieurs fois porté plainte contre lui.

Dans le cercle d’amis de Dahia Khellaf, on parle d’un ex-mari jaloux qui souffrait de problèmes mentaux depuis la perte de son emploi. Ils se sont pourtant aimés, au début, insiste Mme Thiziri.

« C’était une femme indépendante. Elle pouvait subvenir seule aux besoins de ses enfants », précise son amie.

Depuis un an, Mme Khellaf s’était faite plus distante et discutait peu de sa vie de couple.

Le consulat d’Algérie au Canada rapatriera les quatre corps en Algérie, pays d’origine de la victime et de son ex-mari, selon Réjean Foisy, président de l’Association de la sépulture musulmane au Québec. Il a reçu cette information du consulat très tôt jeudi matin. « Le dossier est encore en développement. La communauté algérienne est très affectée. Beaucoup d’entre eux se demandent ce qu’ils peuvent faire pour aider, ils veulent assister aux funérailles. Nous faisons de notre mieux pour réconforter les gens qui communiquent avec nous. »

Voisinage éploré

« Hier encore, les petits jouaient ici dans la neige. Ils étaient drôles et adorables », dit Siham Laidi, les larmes aux yeux. Elle habite depuis 2010 une des maisons voisines de la famille.

La communauté maghrébine de ce petit quartier chaleureux où tout le monde se salue est éplorée. « On se connaît tous et on s’entraide. Nous sommes une communauté tissée serrée. »

L’ex-mari de la victime faisait exception, dit-elle. Alors que Dahia Khellaf était amicale et souriante, Nabil Yssaad était silencieux et parfois hostile. « Il n’adressait la parole à personne. Quand mon mari se dirigeait vers lui pour le saluer, il prenait une autre direction pour l’éviter », explique Mme Laidi. Elle a été témoin à trois reprises de la présence de la police au domicile. « On se posait des questions, c’est sûr. Même après la séparation, je l’ai souvent vu errer dans les environs »

C’est un quartier calme où les interventions policières sont rarissimes. « Jamais je n’aurais pensé qu’un évènement pareil arriverait », a-t-elle confié, stupéfaite.

Manon Lebœuf, présente en matinée sur les lieux du tragique épisode pour prier, « se réveille d’un mauvais rêve. » Elle a habité pendant 30 ans la résidence du 766 place des Pointeliers, où a eu lieu l’évènement. Elle a vendu la maison à la famille il y a deux ans. Cette situation la perturbe énormément. « Je pensais qu’ils allaient être heureux dans ma maison. J’avais gardé des liens avec elle jusqu’à l’été dernier. On se parlait beaucoup. J’ai peine à y croire », dit-elle en sanglots.

Comme elle habite encore aux alentours, Mme Lebœuf s’était rendue au domicile dans le passé pour expliquer à Dahia Khellaf le fonctionnement de la thermopompe. « Lui, il semblait impatient et avait toujours un air sombre. On ne lui parlait jamais », ajoute-t-elle.

Carole Therrien, originaire de Pointe-aux-Trembles, est venue rendre hommage aux victimes, jeudi matin. Son ancien partenaire a fait une très grosse dépression après un accident de travail, dit-elle. « Je suis passée par une situation où j’avais peur, dit-elle en déposant une peluche devant la maison. On devrait protéger les gens davantage. »

Besoin d’aide ?

Si vous êtes victime de violence conjugale et cherchez aide et répit, contactez SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010. Des intervenants y sont disponibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Si vous avez besoin de soutien, si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Les Centres d’aide aux victimes d’actes criminels viennent en aide aux proches de victimes d’actes criminels à la suite d’événements traumatiques: 1-866-le CAVAC (1 866 532-2822) ou cavac.qc.ca.