SNC-Lavalin s’est comportée de façon « inhabituelle, illicite et malhonnête » en Libye, parce que son vice-président directeur Sami Bebawi avait imposé un nouveau modèle d’affaires selon lequel « la fin justifiait les moyens », a martelé la procureure de la Couronne au procès de l’ancien cadre, lundi.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

« À sa plus simple expression, ce dossier concerne l’obtention d’importants contrats pour SNC-Lavalin, et ce, peu importe le moyen », a déclaré Me Anne-Marie Manoukian au début de sa plaidoirie, lundi, alors que le procès tire à sa fin.

M. Bebawi, ancien vice-président directeur de SNC-Lavalin, est accusé d’avoir participé au versement de millions en pots-de-vin à Saadi Kadhafi, fils du dictateur libyen Mouammar Kadhafi. La preuve a révélé qu’un subalterne de M. Bebawi avait même acheté un yacht de 25 millions à Saadi Kadhafi après une intervention de ce dernier pour aider la firme québécoise à remporter un contrat de 1 milliard sans appel d’offres. Ce bateau était « le symbole de la démesure des pots-de-vin versés à Saadi Kadhafi », selon la Couronne.

Dans le cadre du stratagème mis en place, plus de 100 millions de dollars de paiements effectués par SNC-Lavalin auraient transigé à travers des comptes en Suisse et des sociétés coquilles dont les administrateurs demeuraient secrets.

M. Bebawi et un membre de sa famille auraient empoché environ 26 millions dans leurs comptes personnels. Il s’agissait d’une façon de récompenser M. Bebawi d’avoir mis en place ce système, selon la poursuite. L’ancien subalterne de M. Bebawi, Riadh Ben Aissa, aurait accaparé environ 36 millions. Le reste de l’argent aurait surtout été utilisé afin de payer des pots-de-vin. Les transferts bancaires ont tous été analysés par une experte juricomptable qui travaillait pour la GRC.

« Cette preuve est non contredite. Ces paiements ont eu lieu », a souligné Me Manoukian aux jurés.

En regardant le jury de face, la procureure a résumé les cinq semaines de témoignages entendus devant la cour en reprenant la même phrase encore, et encore, et encore : « La fin justifiait les moyens ».

Actes malhonnêtes

Me Manoukian a rappelé que selon le témoin principal de la poursuite, c’est Sami Bebawi qui avait mis en place ce modèle d’affaires dans lequel « il n’y avait aucune limite » à ce que l’entreprise pouvait faire pour atteindre ses buts.

SNC-Lavalin a adopté « une pratique inhabituelle, illicite et malhonnête », c’est-à-dire « le gonflement artificiel de prix de contrats, le paiement de pots-de-vin et le détournement de sommes à des fins personnelles », a expliqué la procureure.

« Les pots-de-vin payés au fils du chef de l’État libyen éliminaient à toutes fins pratiques la libre négociation », a-t-elle résumé.

« Ces actes malhonnêtes ont causé une perte à la Libye », a-t-elle ajouté, en demandant au jury de déclarer l’accusé coupable des chefs de corruption d’agent public étranger, fraude, recyclage des produits de la criminalité et possession de biens volés.

Les avocats de Sami Bebawi doivent présenter leur plaidoirie mardi. Le jury devrait commencer ses délibérations mercredi.