La vigilance et la minutie d’une membre de la direction d’un concessionnaire automobile ont permis de détecter un vol d’identité.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Chantal Godin n’est ni enquêtrice ni spécialiste du vol d’identité. Elle est directrice commerciale chez Auto Xtrême, un concessionnaire automobile situé à Montréal-Nord. Ça ne l’a pas empêchée de débusquer un réseau de vol de voitures de luxe qui sévit à Montréal et à Laval, il y a deux semaines.

Ces fraudeurs ont volé l’identité de Renée Gagné, résidante d’Orléans en Ontario, a-t-on appris jeudi matin sur les ondes du 98,5FM. Sans l’intervention de Mme Godin, ils seraient possiblement parvenus à leurs fins. Dans le métier depuis 16 ans, elle a vite senti la supercherie.

La procédure d’achat du Range Rover a débuté par téléphone. La « fausse » Renée Gagné a fourni un permis de conduire falsifié par texto. Les informations personnelles étaient exactes, mais une photo de la fraudeuse remplaçait celle de la véritable Renée Gagné.

Dès le début, Mme Godin a eu un doute. « J’ai vu qu’il y avait une ligne noire au bord de la photo. Son profil ne correspondait pas à l’achat d’un tel véhicule. ”

La demande de crédit a été approuvée par l’institution financière, à condition de fournir des preuves de revenus puisque le prêt était élevé.

« Elle disait travailler pour All State. Souvent, les arnaqueurs ciblent des grosses compagnies où il sera difficile de retracer une personne. Il n’y a eu aucune négociation de la part de l’acheteuse, malgré le taux d’intérêt élevé et la garantie coûteuse. Bien que tout ait été approuvé, j’ai continué à analyser ce dossier. »

Alertée par Mme Godin, la banque s’est rendue compte que les preuves de revenus fournies comportaient deux types de caractères et a exprimé son doute sur la légitimité des documents.

Pour qu’une arrestation soit possible, les documents relatifs à l’achat doivent être signés par le client avant d’appeler les autorités. Cette procédure implique une rencontre en personne. Une fois le contrat d’achat signé, il faut retenir la personne soupçonnée, le temps que les policiers arrivent, explique Mme Godin.

La supposée Mme Gagné, une femme dans la vingtaine, s’est présentée au concessionnaire début novembre. Au bout de 45 minutes, une employée lui a demandé a une deuxième preuve d’identité. Elle a senti qu’elle se faisait démasquer et a dit devoir rejoindre son conjoint dans sa voiture. Elle s’est donc enfuie avant que la police ne puisse intervenir. « Il y avait une importante tempête de neige ce jour-là. Les policiers ont probablement reçu beaucoup d’appels pour des accidents », suppose Chantal Godin.

Vols en série

Le personnel du concessionnaire a tenté de noter l’immatriculation du véhicule du duo, une voiture noire de marque Audi. « Une auto neuve avec une plaque de transition. Ils venaient d’aller la récupérer. J’ai compris que leur stratagème avait fonctionné chez Audi. Ils s’apprêtaient à voler un deuxième véhicule ici », se rappelle Chantal Godin.

Les réseaux bien ficelés savent ce qu’ils font, affirme-t-elle. Ils connaissent les documents requis et visent des gens avec un bon crédit pour que le moins de vérifications soient effectuées.

Les vols d’identité et les fraudes sont un fléau pour les concessionnaires de voitures de luxe. « La plupart sont plus faciles à déceler, mais plusieurs cas passent inaperçus jusqu’à ce qu’il soit trop tard. »

Même si le financement pour l’achat du Range Rover a été fait via une institution différente, Chantal Godin a tout de même contacté la caisse Desjardins, puisque le dossier de Mme Gagné indiquait qu’elle en était membre.

Renée Gagné a été contactée jeudi matin, alors que son cas était connu depuis le début du mois de novembre. Plusieurs appels ont été faits par Desjardins, sans réponse. « Dans un cas de fraude, on évite les messages vocaux. On a envoyé une lettre statuant qu’il y avait eu une tentative de vol », se défend Chantal Corbeil, porte-parole du Mouvement Desjardins.

Il est rare que les vols d’identité soient signalées par un tiers parti, ajoute-t-elle.

« On ignore d’où viennent les fraudes. Il y a beaucoup de fuites de données, on ne peut pas savoir s’il s’agit d’Equifax, de Capital One ou d’une autre institution financière. C’est pourquoi on offre une protection. L’achat de voitures par vol d’identité a toujours été une méthode récurrente. »