Le taux d’homicides a diminué de près de 4 % au pays l’an dernier, selon Statistique Canada, malgré une hausse en Ontario. « Ça nous montre que la perception publique est différente de la réalité », signale un expert.

NICOLAS BÉRUBÉ NICOLAS BÉRUBÉ
La Presse

Diminution

Il s’est produit 651 homicides au Canada en 2018, soit 15 de moins qu’en 2017. Cette diminution a fait baisser de 4 % le taux d’homicides par tranche de 100 000 habitants, qui est passé à 1,76 en 2018. « La baisse du nombre d’homicides à l’échelle nationale est attribuable au nombre considérablement plus faible de victimes en Alberta (- 38), en Colombie-Britannique (- 30), au Québec (- 10) et en Nouvelle-Écosse (- 10) », note Statistique Canada.

Hausse en Ontario

En Ontario, l’année 2018 a été celle d’une hausse des homicides : la province a connu 266 homicides en 2018, soit une hausse de 69. « Il s’agit du nombre le plus élevé d’homicides et de la hausse la plus importante d’une année à l’autre déclarés dans une seule province depuis que Statistique Canada a commencé à recueillir ces données, en 1961 », note le gouvernement. Cette hausse peut être en partie due à la fin du « cartage », politique controversée selon laquelle la police de Toronto pouvait demander aux gens de s’identifier sans cause probable. « Il y a des désavantages à retirer certains outils de renseignement aux policiers, et des gens comme moi croyaient que ça se traduirait par une hausse des homicides », explique Christian Leuprecht, professeur agrégé de sciences politiques au Collège militaire royal du Canada et à l’Université Queen’s.

PHOTO COLE BURSTON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Des policiers de Toronto sur la scène d’une fusillade

Risque extrêmement bas

La diminution des meurtres au Canada tranche avec la perception populaire voulant que les homicides soient de plus en plus courants au pays, note M. Leuprecht. « Pour le public en général, le risque d’être victime d’un homicide au Canada est extrêmement bas. Mais si vous avez été relié à un crime impliquant des armes à feu, vous avez 30 fois plus de risques d’être victime d’une arme à feu. Ce sont des problèmes extrêmement concentrés. »

Taux plus élevé dans le Nord

Les défis que posent les homicides qui surviennent dans les communautés autochtones sont en évidence dans ce rapport : comme c’était le cas dans les années précédentes, le taux d’homicides chez les Autochtones est cinq fois plus élevé que celui des non-Autochtones. Les « disputes ou querelles » étaient invoquées comme mobile dans 46 % des homicides dans les régions du Nord, suivies de la « frustration, la colère ou le désespoir », note Statistique Canada, ajoutant que « les homicides [dans ces régions] sont plus susceptibles de se produire entre des personnes qui se connaissent et d’être commis dans une résidence que ceux perpétrés dans les régions du Sud ».

Plus de renseignements

Pour faire diminuer les homicides à Toronto et dans le Nord, Christian Leuprecht signale qu’il faut mettre en place des politiques qui visent particulièrement les enjeux de ces régions plutôt que de viser de grandes politiques nationales, notamment sur le contrôle des armes à feu. « À Toronto, par exemple, il faut que la police réfléchisse à trouver des méthodes plus nuancées de recueillir les renseignements dont ils ont besoin. Le “cartage” n’a jamais été un instrument très raffiné, et les policiers auraient pu obtenir leurs informations d’une autre manière. Le renseignement, c’est le nerf de la guerre et c’est grâce à lui qu’il sera possible de faire baisser le nombre d’homicides. »