Un policier soupçonné d’avoir volé 2400 fichiers contenant des informations sensibles ; le même policier qui devient une source codée et qui dénonce une collègue qui prévenait les responsables d’un établissement licencié de la visite prochaine de la police ; une policière en charge du contrôle des informateurs qui griffonne son mot de passe informatique dans un calepin laissé sur son bureau ; une clé de la voute où sont enfermées les rapports de sources disparue puis retrouvée...

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Le jury a dû s’imaginer dans l’émission District 31 aujourd’hui, au premier jour du procès d’un policier de Longueuil accusé d’utilisation frauduleuse d’un ordinateur et d’abus de confiance.

En mars 2016, l’accusé a volé des informations «qui auraient pu mettre en péril la vie d’informateurs».

C’est ce qu’a déclaré au jury la procureure de la Poursuite, Me Geneviève Beaudin, à l’ouverture mardi matin du procès de Marc-Olivier Perron, au palais de justice de Longueuil.  

Perron est accusé d’utilisation frauduleuse d’un ordinateur de la police de Longueuil et d’abus de confiance pour avoir accédé à des informations «protégées C», et avoir copié ces informations.  

Les actes reprochés sont survenus le soir du 17 mars 2016 au Bureau d’analyse des renseignements criminels (BARC) de la police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), situé sur le boulevard Cousineau. C’est à cet endroit que se trouvent toutes les informations recueillies par les policiers et les renseignements sur les informateurs.  

En mars 2016, Perron y était affecté à des tâches administratives. Son mandat était de prendre les messages laissés sur la ligne d’information générale Azimut du SPAL, d’en faire des résumés, de valider les informations et de les verser dans les banques de données de la police.  

Il a travaillé de jour le 17 mars 2016. Mais le soir, à 20h48, il est retourné dans les bureaux du BARC, a passé 73 minutes à l’ordinateur d’une collègue responsable du module de contrôle des informateurs et a mis des renseignements sur un support informatique, selon la théorie de la Poursuite.

Il a été arrêté trois semaines plus tard, le 7 avril et les enquêteurs ont retrouvé chez lui, dans un sac à dos, une carte mémoire contenant 2400 fichiers, des renseignements protégés C très sensibles.

Très secrètes

Son ancien patron et inspecteur à la police de Longueuil, Régis Audet, a témoigné et expliqué que les informations protégées C sont classées «très secrètes» et sont seulement connues par un nombre très restreint de personnes.  

«Ce sont des informations sensibles et en les entrecroisant, on pourrait identifier des informateurs du service de police. Le milieu criminel n’a pas le fardeau de la preuve hors de tout doute raisonnable pour penser que quelqu’un parle à la police avant de l’éliminer», a dit l’inspecteur Audet.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Marc-Olivier Perron et son avocate, Ariane Bergeron St-Onge.

Ce dernier a raconté que le 18 mars 2016, il a demandé aux ressources humaines de lui fournir un relevé de tous les employés qui franchissent la porte du BARC et a constaté que Perron s’y était rendu en soirée la veille alors qu’il n’avait pas annoncé son intention d’accomplir des heures supplémentaires.  

L’inspecteur Audet a ensuite visionné les images d’une caméra et observé la présence de Perron dans les locaux. Celui-ci s’est retrouvé hors du champ de vision de la caméra durant de longues minutes, dans un secteur où se trouvait le bureau de la responsable du module de contrôle des informateurs.  

Cela a inquiété M. Audet qui a prévenu ses patrons.  

Ceux-ci lui ont notamment demandé de vérifier auprès du service informatique si les trois ordinateurs qui échappent à la caméra ont été utilisés, de vérifier l’horaire de travail de Marc-Olivier Perron le 17 mars, de bloquer ses accès durant la fin de semaine et de vérifier son dossier de crédit.

«Je savais que l’un des bureaux était celui de la policière qui contrôlait les renseignements sur les informateurs et qu’il aurait pu mettre la main sur des informations sensibles. Est-ce qu’il aurait pu vouloir les vendre? On a vu ce qui s’est passé au SPVM avec Ian Davidson et Benoit Roberge. On voulait savoir s’il avait des difficultés financières», a décrit le témoin.  

Situations particulières

L’inspecteur Audet a expliqué que la policière responsable du Module de contrôle des informateurs était revenue d’un congé de maladie deux jours plus tôt, le 15 mars 2017, et qu’elle a inscrit son nouveau mot de passe informatique sur un calepin laissé sur son bureau.

Il a également raconté qu’après l’arrestation de Perron, une clé servant à ouvrir la voute où sont entreposés tous les rapports de sources a été retrouvée dans le bureau du policier accusé. Cette clé avait échappé à un inventaire fait plus tôt et peut ouvrir la voute sans que celui qui la possède ait besoin de glisser une carte d’identité sur un lecteur informatique.

Enfin, le témoignage de l’inspecteur Audet a également permis d’apprendre que grâce à Marc-Olivier Perron, les dirigeants de la police de Longueuil sont parvenus à coincer une des leurs qui aurait prévenu, par un courriel envoyé à une personne de l’externe, de la visite prochaine de policiers dans un établissement licencié. Fait à noter, les dirigeants de la police ont alors accepté de faire de Perron une source codée dans cette affaire.

En contre-interrogatoire, l’avocate de Perron, Me Ariane Bergeron St-Onge, a posé des questions au témoin sur le fait qu’il ait demandé, dès le lendemain des actes reprochés, un registre des entrées au BARC, alors qu’il ignorait les événements, et que dans le document de 59 pages, ils se soit attardé d’emblée aux quarts de travail de soir.

Le procès se poursuit demain.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à
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