Alexandre Gendron réclamait un nouveau procès pour le meurtre non prémédité de sa conjointe enceinte Cheryl Bau-Tremblay. Mais lundi, la Cour d’appel du Québec a rejeté son appel sans même avoir besoin d’entendre les arguments du ministère public. Sa peine de prison à vie sans possibilité de libération avant 12 ans imposée l’an dernier est donc maintenue.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Cheryl Bau-Tremblay était enceinte de plus de quatre mois lorsque son conjoint alcoolique et violent l’a étranglée le 1er août 2015 à Beloeil. Alexandre Gendron a ensuite caché son corps sous le lit pendant des jours. La jeune femme venait alors de retourner dans leur maison après s’être réfugiée quelques jours chez sa sœur. Elle avait lancé un ultimatum à son conjoint pour qu’il cesse de consommer de l’alcool.  

Une semaine avant sa mort, Cheryl Bau-Tremblay avait appelé le 911, enfermée dans la salle de bain. « Je suis avec mon conjoint et ça se passe pas bien. S’il vous plaît, envoyez-moi quelqu’un. Ça dégénère ! Il est agressif », avait-elle lancé.  

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Cheryl Bau-Tremblay

« Les conjoints ont droit de mettre fin à une relation sans craindre pour leur sécurité et leur paix d’esprit. Ils devraient craindre encore moins pour leur vie et celle de leur bébé à naître. La grossesse de Mme Bau-Tremblay aurait dû freiner M. Gendron dans ses intentions. Il s’agit là également d’un important facteur aggravant », avait conclu le juge Daniel Royer à l’été 2018.

Dans un témoignage particulièrement décousu au procès, Alexandre Gendron a expliqué au jury avoir « choké » sa conjointe pendant une dispute en tentant de l’empêcher d’utiliser une bouteille de parfum pour le frapper. Il a reconnu lui avoir serré le cou pendant environ 20 à 30 secondes avant de la projeter sur le lit. Il avait consommé de 15 à 18 bières ce jour-là.

Les avocates d’Alexandre Gendron ont fait valoir lundi matin dans leurs plaidoiries devant la Cour d’appel que le juge du procès aurait dû expliquer au jury les défenses de provocation et de légitime défense, même si celles-ci n’étaient pas invoquées spécifiquement par la défense.  

Les juges ont toutefois rejeté ces arguments séance tenante. Selon eux, la défense de provocation n’est pas recevable, puisque la preuve n’établit pas que la menace de Cheryl Bau-Tremblay avec la bouteille de parfum était « suffisante pour priver une personne ordinaire du pouvoir de se maîtriser ».

La défense de légitime défense doit aussi être rejetée, puisque la réponse d’Alexandre Gendron « n’était manifestement pas proportionnelle au danger qui se présentait à lui », conclut la Cour d’appel. La victime mesurait cinq pieds et quatre pouces, pesait 140 livres et était enceinte de 18 ou 19 semaines, alors que le meurtrier était de loin plus imposant physiquement, relève le tribunal.  

« Le laps de temps pendant lequel il serre la victime et la force qu’il emploie, lesquels sont suffisants pour qu’elle s’étouffe avec son propre bras au point d’en mourir, sont indubitablement disproportionnés dans les circonstances », indique la Cour d’appel.