Le procès pour corruption de l’ancien vice-président de SNC-Lavalin Sami Bebawi a été perturbé vendredi par un appel impromptu de Jacques Lamarre, l’ancien PDG de l’entreprise, à l’un des témoins qui s’apprêtait à prendre la barre. M. Lamarre tenait apparemment à dire au témoin qu’il n’a jamais donné son accord à l’achat d’un yacht pour le fils du dictateur Mouammar Kadhafi.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Le comptable Paul Beaudry, ancien responsable des finances de la division construction de SNC-Lavalin, attendait son tour pour témoigner au procès de M. Bebawi, il y a environ une semaine, lorsqu’il a eu la surprise de recevoir un appel de son ancien patron, Jacques Lamarre. Il a trouvé la démarche particulière, parce qu’il n’avait pas eu de conversation approfondie avec ce dernier depuis longtemps, dit-il.

PHOTO PAUL CHIASSON, THE CANADIAN PRESS

L'ex-vice président de SNC-Lavalin, Sami Bebawi

« Ça faisait des années », a-t-il dit devant le tribunal.

L’appel a duré 26 minutes, et a presque totalement porté sur le procès en cours.

« Il m’a demandé si j’avais lu les journaux. Et lui aussi suivait ce qui se passait dans les journaux, ce qu’on voyait », a relaté M. Beaudry.

Pas influencé par l’appel

Au moment de l’appel, le procès de Sami Bebawi avait débuté, avec le témoignage de Riadh Ben Aissa, ancien responsable des projets de SNC-Lavalin en Libye. M. Ben Aissa a expliqué avoir acheté un yacht d’une valeur de 25 millions US à Saadi Kadhafi, le fils du président libyen Mouammar Kadhafi. Saadi Kadhafi venait tout juste d’aider SNC-Lavalin à remporter sans appel d’offre un contrat de près d’un milliard de dollars en Libye.

Dans son témoignage, Riadh Ben Aissa a dit avoir eu le feu vert de son supérieur Sami Bebawi et du PDG Jacques Lamarre avant d’acheter le bateau.

Paul Beaudry dit avoir confirmé à M. Lamarre lors de l’appel qu’il allait lui-même témoigner bientôt au procès. M. Lamarre lui aurait alors donné de nouvelles informations dont il n’avait pas connaissance et aurait nié avoir donné son feu vert à l’achat du yacht.

« Son point de vue, c’est qu’il n’était pas au courant pour le bateau », a résumé M. Beaudry.

L’avocate de Sami Bebawi, Me Annie Émond, a posé plusieurs questions au témoin pour vérifier si l’appel de son ancien PDG avait influencé son témoignage. M. Beaudry a dit que non.