Le père d’un garçon de 2 ans mordu au visage par un pitbull mérite une peine de prison pour sa négligence criminelle et devrait être condamné à un an de détention, a plaidé mercredi la Couronne. La défense suggère plutôt un simple sursis de peine pour le jeune père de famille.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

L’homme de 27 ans a été reconnu coupable au printemps dernier d’avoir causé des blessures à son fils par sa négligence criminelle, une rare condamnation dans une affaire de morsure canine au Québec. L’identité du père négligent ne peut être révélée pour protéger l’identité du bambin.

L’imposant pitbull du père du criminel était bien connu pour sa dangerosité. Le molosse avait d’ailleurs mordu des enfants et attaqué un autre chien quelques mois plus tôt. En septembre 2016, le coupable a confié son fils à son frère sans prévenir le grand-père de l’enfant. Mais son frère, qui souffre de déficience intellectuelle, n’était clairement pas en mesure de s’occuper de l’enfant, selon la juge Nathalie Duchesneau.

Le garçon laissé sans réelle surveillance a alors quitté la cour intérieure et est entré dans l’appartement de son grand-père, où se trouvait le pitbull. Le grand-père a entendu des jappements et des cris du garçon. Il a trouvé son petit-fils assis à côté de la cage, l’arcade sourcilière en sang. « Tout le monde avait peur » du pitbull qui ne cessait de japper, a expliqué une policière au procès. La bête a finalement été euthanasiée.

La juge Duchesneau a rejeté le témoignage « invraisemblable », « imprécis » et rempli d’« incongruités » du père. Ce dernier minimisait l’agressivité du pitbull et les difficultés de son frère, selon la juge.

« La décision spécifique [du père] de laisser son enfant de 2 ans, sans défense, à une personne intellectuellement limitée, combinée, encore une fois, à la présence d’un chien dangereux à proximité, comportait ici un potentiel danger flagrant et totalement prévisible », a tranché la juge.

La procureure de la Couronne Me Anne-Marie Émond suggère d’imposer une peine d’un an d’emprisonnement, suivi d’une probation de trois ans et d’une interdiction d’avoir un chien de plus de 30 livres au cours de cette période.

« Il n’y a pas eu de conséquences dramatiques, mais ça aurait pu l’être, compte tenu d’une absence complète de surveillance, de l’âge de la victime et de la dangerosité du chien », a plaidé Me Émond. La procureure relève la « gravité objective » du crime, le risque de récidive et la déresponsabilisation de l’accusé comme facteurs aggravants. Il y a « très peu » de facteurs atténuants dans ce dossier, soutient-elle.

L’avocate du père, Me Nada Boumeftah, a demandé à la juge d’imposer un sursis de peine, assorti de travaux communautaires et d’une probation de deux ans. Cette peine serait « largement dissuasive », selon la criminaliste.