L’homme qui s’est mis à table et qui a permis à la police d’arrêter, il y a un mois, quatre personnes soupçonnées d’avoir tué autant d’individus liés à la mafia montréalaise en 2016, a directement pris part à l’un de ces meurtres, celui de Rocco Sollecito, a appris La Presse.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Cet agent civil d’infiltration (ACI), dont l’identité, l’image et la voix sont frappées d’un interdit de publication, est celui qui se serait caché dans un abribus et qui aurait ouvert le feu sur Sollecito, le 26 mai 2016, avant de prendre la fuite sur une moto vraisemblablement conduite par un présumé complice arrêté par les enquêteurs de la Sûreté du Québec et du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) le 16 octobre dernier, Jonathan Massari.

L’ACI n’a pas encore été accusé du meurtre de Rocco Sollecito. Selon nos informations, il ne bénéficie d’aucune immunité pour ce crime, mais il faudrait toutefois une preuve indépendante pour l’accuser, car il ne peut s’incriminer lui-même.

Selon nos informations, l’homme aurait décidé d’aller voir la police et de tout raconter à la fin de 2018, parce qu’il voulait changer de vie et parce que les frères Salvatore et Andrew Scoppa, qui sont soupçonnés d’avoir commandé les meurtres, ne leur ont pas versé, à lui et à ses complices, la totalité des sommes promises pour les contrats, sinon « des montants parfois dérisoires », nous a dit une source qui a requis l’anonymat.

Après être allé voir la police, cet ACI a indiqué aux enquêteurs les lieux des rendez-vous pour faciliter les filatures et porté un système d’enregistrement portatif pour compromettre les suspects. Il aurait également transféré à la police des messages que les suspects s’échangeaient sur des appareils de communications cryptées.

Liste de personnes à abattre

Selon des sources, en 2016, Salvatore Scoppa aurait donné à l’ACI et à ses complices une liste d’au moins une demi-douzaine de noms de mafieux à éliminer.

Mais selon d’autres informations, au moins une douzaine de noms, la plupart des individus liés au clan des Siciliens, se seraient retrouvés sur cette liste.

Rocco Sollecito, 67 ans, qui était considéré par la police en 2016 comme le conseiller de la Table de direction du clan des Siciliens, aurait été le premier qui devait être éliminé. Mais les suspects auraient d’abord tué Lorenzo Giordano, en mars 2016 à Laval, car ce dernier, qui venait de sortir du pénitencier, aurait représenté la menace la plus sérieuse pour les frères Scoppa.

Un autre nom qui aurait été inscrit sur la liste était celui de Nicola Spagnolo, fils de Vincenzo Spagnolo, ce dernier ayant été tué chez lui, à Laval, le 25 octobre 2016.

Selon nos informations, les suspects voulaient tuer Nicola Spagnolo ce soir-là, mais ils se sont trompés de cible et ont abattu son père. Les Spagnolo sont depuis des décennies très proches de la famille de l’ancien parrain de la mafia, Vito Rizzuto. Aucune arrestation n’a cependant encore été faite relativement à cet assassinat.

Le 16 octobre dernier, les policiers ont arrêté Jonathan Massari, Domenico Scarfo, Guy Dion et Marie-Josée Viau pour les meurtres commis en 2016 de Rocco Sollecito, Lorenzo Giordano et des frères Vincenzo et Giuseppe Falduto.

Ces deux derniers, qui auraient voulu s’en prendre à Salvatore Scoppa, auraient été tués sur la propriété de Guy Dion et de Marie-Josée Viau à Saint-Jude, près de Saint-Hyacinthe, et le couple aurait ensuite fait disparaître les traces.

Selon l’enquête baptisée Préméditer, les meurtres de 2016 auraient été commandés notamment par les frères Salvatore et Andrew Scoppa, dans le but d’asseoir leur autorité sur le reste de la mafia montréalaise.

Salvatore Scoppa a été assassiné dans le lobby de l’hôtel Sheraton à Laval, le 4 mai dernier, et Andrew Scoppa a été tué alors qu’il arrivait dans un centre de conditionnement physique de Pierrefonds, le 21 octobre.

La police croit que les meurtres des frères Scoppa constituent une réplique du clan des Siciliens.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.