Un homme qui se présente comme un consultant pour une entreprise qui facilite l’obtention de permis de cannabis à des fins médicales a été arrêté la semaine dernière à l’issue d’une enquête de la Sûreté du Québec visant à démanteler un réseau de trafic de stupéfiants lié aux Hells Angels, a appris La Presse.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Michael Robidoux a été accusé de possession de cannabis dans le but de le vendre illégalement et de possession de cannabis dans un but de trafic, au palais de justice de Montréal. Il a été libéré moyennant un dépôt de 5000 $. Il doit également respecter les conditions habituelles.

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Michael Robidoux

Robidoux, 44 ans, a été arrêté à l’issue de l’enquête Pacson, menée par l’Escouade nationale de répression du crime organisé (ENRCO) et l’Escouade régionale mixte (ERM) Rive-Nord. L’enquête visait particulièrement un membre des Hells Angels de la section de Montréal, David Lefebvre.

Selon des documents judiciaires obtenus par La Presse, l’enquête a débuté en mai 2017, à partir d’informations de sources selon lesquelles David Lefebvre contrôlait le trafic de stupéfiants sur un vaste territoire s’étendant du sud-ouest de Montréal jusqu’à la région de Valleyfield.

En cours d’enquêtes, les limiers ont identifié de présumés complices du motard, dont un certain Sylvain Lefebvre. Ils ont vu ce dernier rencontrer Michael Robidoux à quelques reprises. En suivant ensuite Robidoux, ils l’ont vu manipuler des sacs et effectuer des manœuvres de contre-filature. Ils ont également examiné ses registres téléphoniques et localisé son véhicule après avoir obtenu des mandats.

Selon nos sources, Robidoux aurait été vu durant l’enquête se rendre à deux adresses dans la région de Châteauguay où se trouvaient des plantations de cannabis détenant des permis de culture à des fins médicales délivrés par Santé Canada, mais qui n’étaient pas à son nom.

Services de gestion agricole

Sur sa page LinkedIn, Michael Robidoux se décrit comme un agronome consultant spécialiste pour l’entreprise MJP Consultations. Cette entreprise, dont Robidoux serait l’unique administrateur, est décrite au registre des entreprises comme offrant des « services de gestion agricole et d’expert conseil », par un « agronome consultant ». Elle a été radiée en 2004 et de nouveau immatriculée le 11 octobre dernier.

Sur la même page LinkedIn, Robidoux écrit également avoir été auparavant propriétaire d’une entreprise appelée Centre Médical Cannabis Consultants.

IMAGE TIRÉE DE LINKEDIN

Sur sa page LinkedIn, Michael Robidoux se décrit comme un agronome consultant spécialiste pour l’entreprise MJP Consultations.

Sur son profil Facebook, la photo de couverture est celle du Centre Médical Cannabis Consultants, pour lequel deux adresses sont inscrites, l’une sur le boulevard Saint-Jean-Baptiste à Châteauguay, l’autre sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal.

La Presse s’est rendue à l’adresse de l’entreprise sur le boulevard Saint-Laurent, mais c’est maintenant une boutique de vêtements qui s’y trouve. Le numéro de téléphone du Centre Médical Cannabis Consultants à Montréal semble cependant toujours actif.

Sur son site internet, le Centre se décrit comme « un organisme québécois composé de médecins, d’infirmières et de consultants médicaux qui aide les patients à consulter un médecin pour des ordonnances médicales, des demandes de permis de production personnelle et des ressources éducatives pour le cannabis médical ».

Antécédents criminels

La Presse a vérifié auprès de l’Ordre des agronomes du Québec et une responsable nous a dit qu’il n’y avait aucun membre du nom de Michael Robidoux inscrit auprès de l’organisme.

Robidoux a des antécédents criminels en matière de production de cannabis qui datent de 2015. Il a été condamné à trois ans de pénitencier en juin 2018, mais il en a appelé de la peine et il est en liberté en attendant la suite du processus judiciaire.

Dans cette affaire, les policiers avaient découvert plus de 1500 plants de marijuana dans un bâtiment de ferme, dans la région de Valleyfield.

Les allégations contre Michael Robidoux contenues dans les documents judiciaires obtenus par La Presse n’ont pas encore été testées devant les tribunaux.

Le Hells Angels David Lefebvre n’a pas été arrêté et accusé à l’issue de l’enquête. Il devra toutefois comparaître par sommation pour possession de médicaments.

Des noms qui ont fait surface dans le cadre de l’enquête Pacson

David Lefebvre

Membre des Hells Angels de Montréal, il est considéré comme l’un des motards influents à Montréal par la police. Il était l’un des garçons d’honneur du Hells Angels Martin Robert lors du mariage de ce dernier dans une salle de réception somptueuse du centre-ville de Montréal en décembre dernier.

Marc Vincent

Surnom : Bronzé. Ancien membre des Rockers, défunt club-école des Hells Angels, et ancien membre aspirant pour ces derniers. Il est accusé de possession de biens criminellement obtenus dans la foulée de l’enquête Pacson.

Daniel-André Giroux et Sébastien Beauchamp 

Les deux ont été vus sortir de la résidence de David Lefebvre durant l’enquête. Giroux est actuellement accusé de gangstérisme, de complot et de trafic de stupéfiants à la suite de son arrestation dans le cadre de l’enquête Objection en avril 2018. Beauchamp, ancien membre des Rockers, a été assassiné à Montréal le 20 décembre dernier.

Martin Robert et Yannick Gauthier

Robert, Hells Angels international, et Gauthier, membre de la section de Québec, ont rencontré David Lefebvre durant l’enquête, tout comme d’anciens membres des Red Devils et des Minotaures, un club-école des Hells Angels aujourd’hui dissous. Robert a plaidé coupable à un chef réduit de complot pour meurtre et a été condamné dans la foulée de l’enquête SharQc. Gauthier, lui, a fait partie du groupe des 31 accusés libérés par le juge James L. Brunton de la Cour supérieure pour délais déraisonnables en mai 2011. Ils n’ont cependant pas été arrêtés et accusés à l’issue de l’enquête Pacson.

Mario Lepore

Durant l’enquête, les policiers ont observé Marc Vincent se rendant chez Mario Lepore. Lepore, surnommé le comptable, avait eu une jambe amputée après l’explosion de la terrasse du bar Le Harley, à Boisbriand, où il était attablé, le soir du 12 septembre 1995, au début de la guerre des motards opposant les Hells Angels aux Rock Machine. Mario Lepore n’a toutefois pas été arrêté et accusé dans le cadre de l’enquête Pacson.

Éric Grenier

Les enquêteurs de Pacson ont vu David Lefebvre rencontrer Éric Grenier. Ancien propriétaire du bar de danseuses Le Garage à Mirabel, Grenier a été surnommé le Hugh Hefner (fondateur du magazine Playboy) du Québec par Le Journal de Montréal. Grenier, qui a brièvement porté les couleurs des Red Devils, a fait de la prison au Pérou, pour le trafic de 20 kilogrammes de cocaïne, au début des années 2010. Il n’a pas été arrêté et accusé dans le cadre de l’enquête Pacson.

Gilles Blondin

David Lefebvre a croisé cet individu considéré comme une relation des Hells Angels dans un restaurant du boulevard Labelle à Rosemère durant l’enquête Pacson. Blondin a des antécédents judiciaires en matière de production de cannabis. Il a également été arrêté dans le cadre de l’enquête Diligence et condamné pour recyclage de produits de la criminalité. L’enquête Diligence a visé des Hells Angels qui ont tenté d’infiltrer l’économie légale, notamment dans le secteur de la maçonnerie.

— Avec la collaboration de Tristan Péloquin, La Presse

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.