Le matin du 20 janvier 2004, Nicodemo Milano, et son collègue, Pietro Poletti, ont frappé à la porte de la résidence de Vito Rizzuto, rue Antoine-Berthelet, dans Ahuntsic-Cartierville, pour annoncer au parrain de la mafia montréalaise qu’ils venaient l’arrêter, à la demande des États-Unis, pour les meurtres de trois capitaines rebelles de la famille Bonanno, commis à New York, en 1981.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Ce moment charnière dans l’histoire du crime au Québec et au Canada a été l’un des temps forts de la carrière de Nicodemo Milano - la plupart du temps prénommé Nic par ses pairs - qui a quitté hier le Service de police de la Ville de Montréal, après 25 années de service.
Des policiers ont communiqué avec La Presse au cours des derniers mois pour annoncer le départ de l’officier et lui manifester leur respect.

Nicodemo Milano a passé la majeure partie de sa carrière à combattre le crime organisé. Lui et des collègues ont construit au cours des années un important réseau de contacts qui a servi à résoudre des crimes et désamorcer des situations tendues.

C’est encore le commandant Milano et son ancien collègue Patrick Franc-Guimond qui ont été dépêchés au pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines, en août 2006, pour escorter Vito Rizzuto à l’aéroport, d’où il s’est envolé pour les États-Unis, et pour six années supplémentaires de captivité.

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Nicodemo Milano (à gauche) a escorté Vito Rizzuto à l’aéroport lors de son extradition vers les États-Unis.

Dans une déclaration presque prophétique, Vito Rizzuto dit en chemin à Milano que les policiers font une erreur en l’arrêtant, qu’il pourrait y avoir des conflits s’il n’est plus là pour contrôler la situation. Il met également le commandant Milano en garde contre l’ascension des gangs de rue.

Enquêteur à la commission

Après la libération de Vito Rizzuto et son retour à Montréal à l’automne 2012, Nicodemo Milano, qui est alors adjoint au patron des enquêtes à la Commission Charbonneau sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction, a rencontré celui qui est redevenu le parrain de la mafia, dans les bureaux de l’ancien criminaliste Loris Cavaliere.
Rizzuto a esquivé les questions sur la présence de la mafia sicilienne dans la construction à Montréal.

Il a beaucoup parlé des problèmes du 1000 de la Commune mais le sujet ne fera pas l’objet des travaux de la commission, car il relève du secteur privé et non du secteur public. Vito Rizzuto recevra ensuite une assignation à comparaître mais ne viendra jamais témoigner à la commission. Il interroge Milano sur sa santé car il a appris que le policier a eu des problèmes graves.

Le commandant Milano a également été témoin de la commission. 

« Je pouvais lui confier des responsabilités et je savais qu’il ferait progresser les dossiers. Il est charismatique et est un partenaire hors pair », a dit l’ancien chef des enquêtes de la Commission Charbonneau, Robert Pigeon, au sujet de Nicodemo Milano.

Grandes enquêtes

Tôt dans sa carrière, Nicodemo Milano s’est retrouvé au poste 33, au centre-ville de Montréal, où il a commencé à tisser son réseau de contacts. Il a été enquêteur à l’antigang (comme on appelait autrefois la Division du crime organisé) du SPVM, et a pris une part active au projet Amigo (2001-2002), qui a amené derrière les barreaux les derniers résistants des Rock-Machine-Bandidos, et mis fin à la guerre des motards.

Par la suite, Milano s’est joint à l’Escouade régionale mixte (ERM) de Montréal, dirigée par la Sûreté du Québec et spécialisée dans la lutte aux motards. Au milieu des années 2000, il a notamment pris part à l’enquête Charge à l’issue de laquelle, pour la première fois, des accusations de gangstérisme ont été portées contre des membres des Syndicates, ancienne organisation du chef de gang Gregory Woolley.

Nicodemo Milano a ensuite été commandant à la Division du crime organisé du SPVM et commandant de l’Escouade régionale mixte (ERM) de Montréal. Il a terminé sa vie policière au poste de quartier 23, dans Hochelaga-Maisonneuve, où il était très apprécié, selon ce que La Presse a constaté lors d’un passage dans ce PDQ au printemps dernier.

Le commandant Milano a aussi donné, jusqu’à tout récemment, des formations à l’École nationale de police, à Nicolet. 

On parle beaucoup d’un changement de garde au sein du crime organisé à Montréal et au Québec. C’est également le cas parmi les policiers, procureurs et avocats spécialisés en la question. Le départ de Nicodemo Milano s’inscrit dans cette foulée.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.caou écrivez à l’adresse postale de La Presse.