(Saint-Jérôme) Les jurés poursuivront leurs délibérations vendredi matin au procès pour meurtres d’Ugo Fredette. Au premier jour de leurs discussions jeudi, les jurés ont demandé à la juge de réentendre plusieurs témoignages, dont celui de l’accusé. Une demande peu commune à ce stade précoce des délibérations. 

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Les 12 jurés doivent déterminer si Ugo Fredette est coupable des meurtres au premier degré de sa conjointe Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse, un septuagénaire croisé dans sa cavale le 14 septembre 2017.

La juge Myriam Lachance a isolé le jury mercredi en fin d’après-midi au terme de six semaines de procès. C’est donc seulement jeudi matin que les jurés ont amorcé leurs délibérations. Mais dès la fin de l’avant-midi, les jurés ont demandé à la juge de réentendre pas moins de quatre témoignages importants : la voisine Christine Gouin, un enfant de neuf ans témoin du meurtre, le thérapeute du couple Michel Corneillier et Ugo Fredette lui-même.

La voisine Christine Gouin a témoigné au tout début du procès avoir vu Ugo Fredette tirer sa conjointe dans sa maison, alors qu’elle était « molle » comme une « poupée de chiffon ». Mme Gouin avait été alertée par un « horrible cri » quelques secondes plus tôt, le 14 septembre 2017.

« Je me suis repositionnée pour regarder. J’ai vu Ugo qui tenait Véronique par en dessous des bras, il la tirait vers la porte-fenêtre et il tirait fort. Et Véronique ne bougeait plus, elle était comme une poupée, la tête penchée par en avant, elle avait l’air toute molle. J’étais tellement en panique, j’aurais voulu crier… Mais c’était comme si le nom d’Ugo et Véronique ne venait plus à ma bouche », a témoigné avec émotion Mme Gouin.

Dans un témoignage crève-cœur, l’enfant de neuf ans a raconté avec candeur les tragiques évènements. Ce soir-là, il jouait « à la guerre » avec un autre enfant dans le sous-sol de la résidence Barbe-Fredette à Saint-Eustache. Il est monté à l’étage en entendant Véronique Barbe crier. Celle-ci lui a alors demandé d’appeler la police.  

L’enfant a ensuite vu Véronique Barbe courir vers l’arrière de la maison en criant « à l’aide ». Ugo Fredette est alors revenu dans la maison en retenant sa conjointe de façon à lui « couper le souffle », selon l’enfant. « Ugo l’avait prise quand elle était dehors, puis elle disait : "ouch!", je crois. Il l’avait rentrée, puis après elle était couchée par terre, elle respirait fort », a résumé l’enfant.

« Je croyais qu’elle allait mourir, parce qu’elle respirait fort, puis un moment donné… qu’elle allait arrêter, parce que c’est bizarre de voir une personne en train de respirer très fort… », a-t-il raconté en interrogatoire avec une policière peu de temps après le drame.

Témoin-clé, le thérapeute du couple Michel Corneillier a entendu les confidences du couple la veille de la mort de Véronique Barbe. Pendant cette rencontre, la femme de 41 ans lui a raconté, devant son conjoint, un épisode de violence conjugale survenu trois jours plus tôt.  

Fou de rage, Ugo Fredette avait traîné de force Véronique Barbe dans la maison et l’avait projeté au sol. Il avait ensuite brisé le lit dans lequel elle s’était réfugiée, selon le témoignage du thérapeute de couple. Selon Michel Corneillier, Véronique Barbe avait « peur » de lui. Elle voulait absolument qu’Ugo Fredette parte, a-t-il dit. Le lendemain, elle recevait 17 coups de couteau.

Le jury voulait également entendre à nouveau la conversation téléphonique entre Ugo Fredette et ses parents quelques jours après son arrestation en Ontario, au terme de la plus longue AMBER de l’histoire de la province. Dans cette conversation, Ugo Fredette semblait surtout préoccupé par ses meubles neufs, la une du journal et les commentaires sur les réseaux sociaux.

Ugo Fredette a jeté le blâme sur sa conjointe dans sa discussion avec ses parents. « [Véronique] a fait ça devant [l’enfant]. C’est pour ça que ça a mal tourné ! », a accusé Ugo Fredette, au bout du fil. « Il était là quand ça c’est produit. Il a tout vu. » Des propos qui font sursauter la mère de l’accusé. « Non ! C’est pas vrai ! Il devait crier en tabarnouche », répond-elle, horrifiée. « Non, non, il pensait que c’était un film », a rétorqué Ugo Fredette.

Les 12 jurés doivent arriver à une décision unanime pour rendre leur verdict. D’ici là, ils resteront isolés pendant toute la durée de leurs délibérations, même pendant la fin de semaine.

Trois verdicts s’ouvrent à eux pour les deux morts : meurtre au premier degré, meurtre au second degré et homicide involontaire. Le meurtre au premier degré entraîne automatiquement une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. L’accusé risque même une peine minimale de 50 ans s’il est reconnu coupable des deux meurtres au premier degré.

Me Steve Baribeau, Me Alexis Marcotte-Bélanger et Me Karine Dalphond représentent le ministère public, alors que Me Louis-Alexandre Martin défend Ugo Fredette.