Manque de transparence, d’impartialité, d’indépendance. Des parents dont l’enfant a été tué lors d’interventions policières dénoncent les pratiques du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), en réclamant une commission parlementaire. Selon eux, il y a un grand ménage à faire au sein de l’organisme provincial chargé d’enquêter lors de possibles dérapages policiers entrainant la mort.

Sara Champagne Sara Champagne
La Presse

Trois ans après la création du BEI, la Ligue des droits et libertés (LDL) et la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), ont tenu un point de presse, lundi matin, afin de presser la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault de dévoiler publiquement le rapport sur le bilan des premières années d’opérations de l’organisme. Chemin faisant, ils appuient des parents réclamant des changements, de véritables audiences publiques.

«Au Québec, on s’est battu pour mettre fin aux enquêtes de la police par la police, a rappelé Alexandre Popovic, de la CRAP. «Mais, au BEI, il y a trop de choses qui ne tournent pas rond. Il y a un manque sérieux d’indépendance.»

Deux parents de victimes, Tracy Wing et Cesur Celik, ont raconté comment leurs fils sont morts lors d’interventions policières suspectes.

«Lorsqu’un agent du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a tué mon fils, le BEI a déployé 8 enquêteurs. De ce nombre, sept étaient des ex-policiers, dont trois du SPVM, ce qui soulève un conflit d’intérêt évident», a affirmé Cesur Celik, dont le fils Koray Kevin Celik, a été tué sous ses yeux le 6 mars 2017, à L’Île-Bizard.

Cette nuit-là, M. Celik et sa conjointe avaient contacté les policiers pour empêcher leur fils de prendre la voiture avec les facultés affaiblies. Selon eux, leur fils était intoxiqué; de l’alcool, des médicaments contre la douleur, oui, mais il n’avait rien de menaçant. «Il ne représentait pas une menace», soutiennent-ils. 

«Les policiers lui ont attaché les mains dans le dos, il a été tourné au sol, sur le ventre, ils ont pressé sur lui avec les bottes, il a reçu des coups de pieds, il y a eu une lumière de flash. On criait et on pleurait en même temps. Ils ont été très efficaces à donner des coups, puis plus rien. Notre fils est mort.»

Plus d’un an après que son fils soit tombé sous une balle d’un policier de la Sûreté du Québec, à Lac-Brome, Tracy Wing, elle, attend toujours des réponses du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Elle ne sait toujours pas s’il y aura des accusations contre le policier. Son fils de 17 ans, dépressif, a été descendu d’une balle dans le stationnement d’un restaurant désaffecté.

«Ça m’a pris trois semaines pour perdre confiance envers les enquêteurs du BEI, a-t-elle affirmé. Ils ne cherchaient pas à retracer des témoins de l’intervention policière, ils attendaient que des témoins viennent à eux. C’est moi qui a donné les coordonnées de témoins potentiels aux enquêteurs, d’amis de mon fils. Des faits n’ont pas été corroborés par eux.»

En vertu de la Loi sur la police, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) avait trois ans suivant le début de sa première enquête pour déposer un rapport sur l’application de son mandat, avec de possibles recommandations. Selon la Ligue des droits et libertés, la population a le droit de savoir, le manque de transparence est devenu flagrant., soutiennent les organismes.

«Nous avons vérifié, nous savons que ce rapport est présentement entre les mains de la ministre Guilbault. Cet exercice de bilan ne devrait pas avoir lieu derrière des portes closes. Nous exigeons une commission parlementaire, avec des audiences publiques», a réitéré la coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés, Ève-Marie Lacasse.