Une infirmière accusée par son ordre professionnel de vol de narcotiques en 2005 et 2006 a finalement été reconnue coupable… plus de 11 ans après le dépôt de la plainte déontologique. Un délai exceptionnel causé par les interminables délibérations d’une présidente de conseil de discipline mise à l’écart il y a trois ans en raison de ses retards chroniques.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Le processus devant le conseil de discipline de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, concernant le cas de l’infirmière Georgia Vlachos, se déroulait pourtant rondement en 2008 et 2009. Mais pendant les six années suivantes, la présidente du conseil de discipline, Diane Larose, a été incapable de rendre sa décision. Ce n’est qu’en février 2016, deux semaines après avoir été dessaisie de la suite du dossier, que Me Larose a déclaré l’infirmière coupable de quatre chefs d’infraction.

Un nouveau président a ensuite été nommé pour procéder à l’audition sur sanction. Or, les deux autres membres du trio de décideurs n’étaient plus disponibles. Résultat : la décision de Me Larose n’était plus valide et le dossier devait être entendu à nouveau par un nouveau conseil. Une fois une « requête en arrêt des procédures » de l’infirmière rejetée en 2018, les parties ont accepté de ne pas reprendre la preuve à zéro et de se baser sur la preuve présentée en 2008 et 2009.

Les retards de Me Larose ont fait les manchettes au début des années 2010. Pendant son mandat, l’avocate a accumulé des années de retard pour rendre des décisions dans des dizaines de dossiers déontologiques.

Une réforme majeure de la justice disciplinaire a finalement permis à la présidente en chef du nouveau Bureau des présidents des conseils de discipline de lui retirer tous ses dossiers en 2016.

Retirée de la profession 

C’est ce qui nous amène à la décision sur culpabilité du second conseil, le 12 août dernier, après plus de 11 ans de procédure. Mais la décision a tellement tardé que Georgia Vlachos ne pratique plus la profession d’infirmière depuis un an et demi, après plus de 30 ans de carrière.

Le conseil l’a déclarée coupable de s’être approprié à de nombreuses reprises, en janvier 2005 et entre mai et juillet 2006, des comprimés d’oxazépam, d’oxycodone et d’Empracet. De plus, elle a tenté de dissimuler ces appropriations en inscrivant de fausses informations aux feuilles de contrôle des stupéfiants et drogues contrôlés. Elle avait déjà reconnu, il y a 10 ans, avoir exercé « sa profession dans un état susceptible de compromettre la qualité des soins et services ».

Georgia Vlachos n’a pas été prise en flagrant délit par ses supérieurs ou des collègues. Mais de nombreuses preuves circonstancielles ont convaincu le conseil de sa culpabilité.

L’infirmière prétendait utiliser des narcotiques pour soigner ses patients pendant la nuit, mais ne consignait pas ces médicaments dans un dossier pourtant obligatoire. Elle était d’ailleurs l’une des rares infirmières à donner des narcotiques aux patients à tous ses quarts de travail.

Quelque 50 « irrégularités » ont donc été notées à l’été 2006. De « simples oublis », a plaidé l’infirmière. Or, celle-ci tenait de façon impeccable ses dossiers pour les autres médicaments, mais multipliait les oublis pour les narcotiques, relève le conseil, qui n’a pas cru ses « réponses imprécises et même souvent erronées ».

On ignore la quantité de narcotiques que l’infirmière d’expérience a pu s’approprier, alors qu’elle travaillait à l’unité d’orthopédie et de traumatologie de l’Hôpital général de Montréal auprès d’une clientèle incapable de se déplacer. Ce ne serait toutefois que la « pointe de l’iceberg », puisque l’enquête de l’employeur n’a porté que sur six semaines à l’été 2006. Elle a été congédiée de l’hôpital la même année.