Denis Désiré a livré une version à mille lieues de celle de sa victime alléguée, hier à son procès pour proxénétisme. Loin du portrait de proxénète « fou » et violent, l’ex-responsable de la sécurité d’une école secondaire s’est décrit comme un homme d’une grande générosité dont la vie est consacrée à ses enfants, ses amis et ses nombreux emplois auprès des jeunes de Montréal-Nord.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Une femme de 23 ans a raconté la semaine dernière avoir été forcée de se prostituer à Montréal et dans l’Ouest canadien par Denis Désiré. Elle devait lui remettre tous ses gains de la prostitution pour éviter de subir des « conséquences physiques ». « Ça finissait mal, très mal, tellement mal… », a-t-elle dit. Sans le sou, elle habitait dans un appartement sans électroménagers payé par Denis Désiré dans le quartier Rivière-des-Prairies.

L’accusé de 45 ans assure qu’il ignorait que la plaignante se prostituait pendant leur brève relation entre juin et août 2017. « Si elle m’avait dit ça, je ne l’aurais jamais laissée rester chez nous, je ne l’aurais jamais présentée à mes amis ! Danseuse, OK. Je connais plusieurs danseuses, c’est légal », a expliqué Denis Désiré.

Il soutient avoir signé le bail d’un logement pour aider la plaignante à se trouver un toit en décembre 2017. « Je lui ai promis de ne jamais la laisser dans la rue », a-t-il expliqué. Pourtant, il considérait avoir rompu avec elle depuis le mois d’août. Il admet n’avoir jamais déclaré qu’il rompait, par crainte de sa réaction, dit-il.

Dans un élan de générosité, Denis Désiré a donc payé deux mois de loyer, a repeint l’appartement et a acheté des meubles et de la vaisselle. Il continuait d’ailleurs de faire l’épicerie pour la mère de la jeune femme. Celle-ci lui versait ainsi régulièrement de l’argent dans son compte bancaire pour rembourser des dettes de quelques milliers de dollars, soutient-il.

Elle était « hystérique », dit l’accusé

Le jour de l’arrestation de Denis Désiré, en mars 2018, la plaignante raconte avoir été étranglée dans son lit avec un fil d’ordinateur par l’accusé et d’autres hommes. « J’ai failli mourir. Il a débarqué avec des gars et ils m’ont battue », a-t-elle témoigné. Des vidéos de surveillance montrent Denis Désiré prendre la jeune femme par le cou et la pousser de force dans un ascenseur.

Selon Denis Désiré, la plaignante était « hystérique » et lançait des bouteilles de bière dans l’appartement. C’est pour cette raison qu’il a composé le 911. « Elle voulait se sauver. Je ne voulais pas la laisser partir, je la retenais », explique-t-il. Il reprochait à celle-ci d’avoir brisé les vitres de sa voiture.

Denis Désiré a été coordonnateur de la sécurité à l’école secondaire Calixa-Lavallée dans Montréal-Nord pendant 11 ans. Il a également été intervenant pour l’organisme Évolu Jeunes. « Je m’occup[ais] des tournois de basket », a-t-il expliqué. À la même période, il a travaillé pour l’organisme Horizon Jeunesse, en plus de faire l’entretien de la garderie éducative de son frère le matin.

Le contre-interrogatoire du procureur de la Couronne, Me Pascal Dostaler, se poursuit demain au palais de justice de Montréal. L’accusé est défendu par Me Serge Lamontagne et Me Roucha Oshriyeh.