Jonathan Bettez, longtemps suspecté par la Sûreté du Québec (SQ) d’avoir tué Cédrika Provencher, s’apprête à poursuivre les autorités pour plus de 10 millions de dollars, a appris La Presse.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

La procédure devrait être déposée de façon imminente au palais de justice de Montréal, selon nos informations.

La SQ n’a pas voulu commenter.

Depuis des années, M. Bettez était dans la ligne de mire des enquêteurs de la SQ chargés de faire la lumière la disparition et la mort de la fillette de neuf ans, survenue en 2007. Il n’en a toutefois jamais été accusé.

Fin 2015, la SQ est persuadée que Jonathan Bettez est celui qui a kidnappé et tué Cédrika Provencher, huit ans après la disparition de la fillette.

Seul problème : les enquêteurs n’ont pas l’ombre d’une preuve directe, selon 800 pages de documents judiciaires libérés à l’été 2018. Malgré une campagne intense de traque, d’infiltration et même de provocation, M. Bettez ne s’est jamais incriminé. La police était pourtant allée jusqu’à organiser une vaste supercherie — un faux concours « gagné » par Bettez — pour le pousser à se rapprocher d’un agent double, en plus d’installer des caméras dans les domiciles de tout son réseau social. En vain.

C’est lors d’une réunion d’équipe de la police qu’une idée émerge : « Je me suis dit que c’était une bonne idée d’essayer de voir, dans le cadre d’une enquête, si M. Bettez… si on pouvait l’enquêter aussi en pornographie juvénile », a ensuite relaté une policière devant la justice. Si Jonathan Bettez avait enlevé une enfant, c’est probablement parce qu’il avait une déviance, attirance qui pourrait l’avoir poussé à consulter de telles images, pensaient les policiers, qui approuvent l’idée. Un tout nouveau pan d’enquête est ouvert.

En 2016, Jonathan Bettez a été arrêté et accusé de possession de pornographie juvénile dans le cadre d’une seconde enquête. Les appareils électroniques de Bettez ne contenaient pas ce type de fichiers, mais la Couronne croyait pouvoir convaincre la justice que l’un de ses ordinateurs avait laissé des traces informatiques incriminantes.

Il y a 10 mois, le juge Jacques Lacoursière a administré une gifle brutale à la police en qualifiant son enquête sur les allégations de possession de pornographie juvénile de « partie de pêche » et en écartant toute la preuve que l’accusation comptait utiliser. Résultat : Jonathan Bettez a été innocenté. 

« Admettre les éléments de preuve en l’espèce équivaudrait à lancer le message voulant que la fin justifie toujours les moyens, quels qu’ils soient », avait conclu le magistrat. Il reprochait notamment à la police d’avoir démarré ses recherches sur la base « de vagues hypothèses, voire une simple intuition » plutôt que sur des soupçons sérieux. « Les droits de M. Bettez ont été violés à plusieurs reprises dans le cadre de l’enquête policière et heureusement le juge Lacoursière a prononcé l’acquittement de M. Bettez », avait affirmé Marc-Antoine Carrette, le jour où le juge Lacoursière a rendu sa décision.  

Après réflexion, la Couronne avait décidé de ne pas en appeler de ce jugement.