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Neuf millions de fausses boîtes de poulet pour camoufler leurs transactions

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Des présumés recycleurs d'argent sale ont été arrêtés par la GRC en février dernier.

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Les présumés recycleurs d'argent sale établis à Toronto et à Montréal arrêtés par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), à la mi-février, ont simulé la production de neuf millions de boîtes d'ailes de poulet pour pouvoir fabriquer de fausses factures et justifier des transferts de millions de dollars dans des comptes enregistrés aux Émirats arabes unis et en Chine.

C'est ce que révèle une déclaration sous serment au soutien d'un mandat de perquisition du projet Collecteur obtenue par La Presse.

On y apprend notamment que le chef présumé du réseau, Nader Gramian-Nik, 57 ans, de Toronto, possédait quatre sociétés qui faisaient des virements bancaires entre elles et avec d'autres entreprises en dehors du pays.

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Nader Gramian-Nik

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Entre le 1er avril 2016 et le 2 mars 2018, deux de ses quatre sociétés auraient présenté à une troisième des factures de production et de livraison d'ailes de poulet totalisant plus de 33 millions de dollars, l'équivalent de près de neuf millions de boîtes.

Cette troisième société aurait ensuite produit de fausses factures d'ailes de poulet totalisant 35,6 millions à des entités ayant des adresses postales à l'extérieur du Canada.

« Avec son nombre d'employés et en raison du fait qu'elle n'a qu'une seule ligne de production, la société EZ Food Group [l'une des quatre sociétés] n'a jamais eu la capacité de produire le montant d'ailes de poulet observé dans les factures. »

« Les congélateurs de EZ Food Group n'ont pas la capacité d'entreposer le volume d'ailes de poulet observé dans les factures saisies. La seule production d'ailes de poulet observée chez EZ Food Group en est une d'un combo pizza-ailes de poulet », écrit le policier de la GRC Julien Ferland dans la déclaration, reprenant les résultats d'une vérification de l'Agence canadienne d'inspection des aliments.

Tout part de la Colombie

Selon le document, le réseau aurait échangé des sommes de plus de 60 millions durant l'enquête.

Ses membres sont soupçonnés d'avoir blanchi l'argent de la drogue de différents groupes criminels. Le représentant du réseau dans la région de Montréal serait Mohamad Jaber et son employé, Kamel Ghaddar. Ce dernier, surnommé Mike sur les appareils de communication cryptée utilisés par les suspects, aurait cueilli des sacs bourrés de billets qu'il aurait transportés à Toronto pour qu'ils y soient recyclés grâce à un système de transferts de fonds aussi sophistiqué que compliqué.

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Mohamad Jaber

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Kamel Ghaddar

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Le projet Collecteur a débuté en mai 2016, lorsque la Drug Enforcement Administration (DEA) de Miami a avisé la GRC que la police colombienne menait une enquête sur une organisation de trafic de drogue établie à Bogotá et qu'elle avait intercepté une conversation entre deux individus qui discutaient de la cueillette d'une somme de 1 million de dollars à Montréal.

L'un de ces individus serait Ghaddar. Dans les affidavits, il est écrit qu'il travaille au Ikea mais la compagnie affirme qu'il est plutôt employé d'une compagnie sous-traitante. Plus tard, lors d'une opération d'infiltration de la GRC auprès de Ghaddar, ce dernier dira à un agent double que ses complices et lui « sont dans le marché depuis plus de 15 ans et que personne n'a perdu d'argent avec son organisation ». Il ajoute que les transactions vers Los Angeles doivent être d'au moins 250 000 $, car l'organisation doit payer un chauffeur pour acheminer l'argent au Mexique, et que des sommes de 500 000 $ acheminées au Mexique arrivent deux ou trois fois par semaine.

En mars 2018, Ghaddar et un agent double se faisant passer pour un importateur de cocaïne qui fait affaire avec les cartels mexicains ont planifié un transfert de 400 000 $ vers le Mexique.

Dans l'embarras

En novembre 2018, alors qu'il discute avec un autre individu au Scandinave spa de Mont-Tremblant, Mohamad Jaber dit que sa « business » est comme un bureau de change, mais illégal. Il dit être intouchable car il n'y a aucune trace et aucun papier de ce qu'il fait. Il ajoute faire ça depuis 11 ans et garantit une livraison dans un délai de 24 à 48 heures, au pire en 3 jours. Il souligne l'importance de travailler « avec des gens de confiance ». Ce qu'il ignore, toutefois, c'est que l'individu avec lequel il converse est un agent double de la GRC qui dit travailler avec des gens du Mexique qui font affaire avec les cartels.

Durant l'enquête, Jaber indique que son chauffeur gagne régulièrement de 2000 à 3000 $ par semaine.

La police le soupçonne d'avoir touché des dizaines de milliers de dollars en commissions, notamment un paiement de 61 000 $ pour un transfert de 1,2 million en novembre 2015.

Sur l'écoute, ils l'entendent dire à une tierce personne qu'il possède une maison de 1 million de dollars et qu'il dépense 19 000 $ par mois.

Jaber utiliserait des prête-noms. Au printemps 2018, il a appelé une personne pour lui dire qu'il a une nouvelle voiture Audi pour elle. Il annonce à cette personne qu'elle a un salaire de 65 000 $ et qu'il va lui fournir un numéro de téléphone de travail fictif et une lettre de confirmation d'emploi, en plus de confier à quelqu'un le rôle de faux employeur, au cas où le concessionnaire appellerait pour vérifier les informations.

Selon les policiers, l'écoute démontre que Jaber planifiait de corrompre un certain Tony qui avait entrepris des démarches pour être embauché à la GRC. Les enquêteurs l'entendent dire à un interlocuteur qu'« il veut Tony de son côté et qu'il lui donnera 500 $ dans une enveloppe ». Il ajoute que « si Tony avait une bonne position à l'intérieur, ça l'aiderait beaucoup ».

Train de vie incompatible

Pour sa part, le chef présumé du réseau, Nader Gramian-Nik, possède une maison d'une valeur de 3,7 millions en banlieue de Toronto.

Sa femme et lui déclarent un revenu familial de 91 000 $, ce qui est incompatible avec des dépôts en argent de 8 millions découverts par les policiers, avancent ces derniers.

En décembre 2016, les enquêteurs ont saisi une déclaration sous serment de Gramian-Nik dans laquelle il affirme que son père est mort à Téhéran, en Iran, et qu'il est le bénéficiaire d'une succession de 6,5 millions. Toutefois, l'analyse des comptes bancaires n'a trouvé aucun montant qui pourrait être associé à cet héritage.

Dix-sept personnes ont été arrêtées à l'issue de l'enquête Collecteur menée par les enquêteurs des Produits de la criminalité de la GRC. Gramian-Nik, Jaber et Ghaddar sont accusés de gangstérisme, de complot, de trafic d'argent et de recyclage des produits de la criminalité.

Les faits allégués dans les déclarations sous serment n'ont pas encore été testés en cour, et les personnes identifiées dans cet article sont présumées innocentes jusqu'à preuve du contraire.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse




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