Un individu dont le procès se déroule à Montréal s’est remémoré, malgré lui, de bien mauvais souvenirs lorsque la poursuite a diffusé un enregistrement de sa spectaculaire arrestation.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Celle-ci, effectuée par le Groupe tactique d’intervention (GTI) du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), s’est déroulée le 3 mars 2017. 

Elle a la particularité d’avoir été enregistrée par un micro que la police avait installé dans la voiture du suspect, ce qui donne une intervention spectaculaire comme le public a rarement la chance d’en entendre.

Période de tensions

L’accusé, Vladimir Laguerre, 29 ans, résidant de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, a un procès pour complot de vol qualifié et possession d’arme.

Il se trouvait parmi cinq individus liés à la mafia et aux gangs qui étaient sur écoute dans le cadre d’une enquête baptisée Mazout et destinée à élucider le meurtre d’Angelo D’Onofrio, un client innocent du café Hillside, commis le 2 juin 2016.

La mafia connaissait un énième moment de tension en 2016. Le projet Mazout était également destiné à élucider le meurtre d’un autre individu, Ali Awada, commis en janvier 2017, selon des documents judiciaires obtenus par La Presse. Personne n’a toutefois été accusé pour ce crime.

De plus, le 1er août 2016, après une tentative de meurtre commise vraisemblablement contre le mafieux Marco Pizzi, les policiers ont constaté qu’un individu avait communiqué avec Vladimir Laguerre. « Il a commencé à être d’intérêt pour nous », a raconté le sergent-détective Gilles Gagné, des Crimes majeurs du SPVM. 

« As-tu ta cagoule ? »

Les enquêteurs des Crimes majeurs et de la Division du crime organisé du SPVM ont obtenu une autorisation d’écoute le 23 février 2017. Dès le 3 mars, ils ont entendu sur les lignes Laguerre et un complice parler de « trois kis », et les policiers ont conclu que les suspects s’apprêtaient à braquer des trafiquants pour s’emparer de 3 kg de cocaïne.

« Un d’eux a demandé : “As-tu ta cagoule ?” Ils ont également dit d’apporter un gros, ce qui signifie une arme de gros calibre, laissant croire qu’ils allaient faire un burn de drogue », a expliqué le procureur de la poursuite, Me Martin Joly, dans sa déclaration d’ouverture.

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Une tuque découpée trouvée par les policiers le jour de l’arrestation de Vladimir Laguerre

Le 3 mars 2017, les enquêteurs ont filé les suspects et les ont vus faire du repérage dans le secteur des rues French et Sainte-Claire, dans le secteur Tétreaultville, dans l’est de Montréal. Ils ont alors décidé d’intervenir.

« On connaissait les antécédents de Vladimir Laguerre. Il a déjà été arrêté avec une arme. Il se tient avec des gens de la mafia. Dans nos chartes, il y a trois sortes de risques : faible, modéré et élevé. Laguerre est d’une dangerosité élevée, alors on a fait intervenir le GTI », a décrit le témoin Gagné.

Lors de son arrestation, Laguerre avait dans sa ceinture un pistolet avec un chargeur — mais dont aucune balle n’était encore chambrée — et un autre chargeur plein, à part.

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Le pistolet et l’un des chargeurs trouvés sur Laguerre lors de son arrestation

Il veut exclure de la preuve

Le procès, présidé par le juge Jean-Jacques Gagné, de la Cour du Québec, se poursuit la semaine prochaine. Laguerre, qui est défendu par MClaude Olivier, conteste la légalité de son arrestation.

Laguerre a déjà fait la manchette à l’automne 2017 alors qu’il avait avalé un minitéléphone cellulaire au Centre de détention de Rivière-des-Prairies pour le cacher.

Deux des cinq individus écoutés dans le cadre du projet Mazout sont Jeff Joubens Theus et Ebamba Ndutu Lufiau. 

Le premier a été reconnu coupable par un jury du meurtre d’Angelo D’Onofrio et condamné à la prison à vie, alors que le procès du second pour la même accusation est toujours en cours. 

Un troisième individu, Antonio De Blasio, lié à la mafia, a été assassiné dans un parc de Saint-Léonard, sous les yeux de son fils, après un entraînement de football en août 2017.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse