Augmenter le nombre de dénonciations de victimes d’agressions sexuelles. Voilà l’objectif de Sonia LeBel avec la création d’un comité d’experts dont le mandat est d’améliorer le traitement judiciaire de ces plaintes.

Véronique Lauzon
La Presse

La ministre de la Justice du Québec, Sonia LeBel, a expliqué plus en détail ce qu’elle espérait du comité sur l’accompagnement des personnes victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale, qu’elle a créé de manière non partisane avec les députées Hélène David, Véronique Hivon et Christine Labrie.

« On parle du nombre d’agressions sexuelles versus le nombre de condamnations. Mais, entre ces chiffres, il y a celui du nombre de dénonciations, qui n’est pas si élevé. Et moi, c’est à ce taux-là que je veux m’attaquer », a annoncé Sonia LeBel lors du colloque Justice à l’ère du #moiaussi.

Pour cette ancienne procureure de la Couronne, l’une des manières les plus efficaces d’augmenter le nombre de dénonciations est d’accroître la confiance des victimes dans le système de justice.

Elle a entre autres parlé du mouvement #metoo, qui a vu de nombreuses personnes se tourner vers les médias pour dénoncer leur agresseur. « Si elles le font de cette façon-là, c’est qu’elles n’ont pas confiance dans le système de justice », a-t-elle confié.

« C’est clair que c’est le temps qu’on se réveille et qu’on comprenne qu’on n’est pas assez bons », a ajouté la ministre.

Dans son dernier budget, le gouvernement du Québec a alloué 50 millions sur cinq ans à ce comité : « Est-ce que c’est le DPCP qui aura besoin de l’argent ? Est-ce que ce sera d’autres mesures innovatrices à laquelle je ne pense pas ? Est-ce que ce sera de la formation pour les procureurs de la Couronne ou les juges ? », dit la ministre de la Justice.

C’est ce que décidera le comité, formé de 16 experts, au cours de la prochaine année.

« Chat échaudé... »

La ministre de la Justice était invitée à donner le coup d’envoi du colloque, qui se déroule au campus de Longueuil de l’Université de Sherbrooke. L’un des objectifs de l’événement est de déterminer les écueils auxquels se heurtent les victimes d’agressions sexuelles dans le système de justice.

Parmi la centaine de femmes (et la dizaine d’hommes) rassemblées, il y avait Stéphanie Vallée, présidente de L’R des centres de femmes du Québec (qui n’est pas l’ex-ministre de la Justice) : « Ça fait longtemps qu’on exige un changement dans le système de justice… Donc, c’est sûr que nous sommes contentes de l’intérêt de madame LeBel, mais j’ai hâte de voir si ça va vraiment donner quelque chose », dit-elle.

« Chat échaudé craint l’eau froide, comme on dit », ajoute Stéphanie Vallée.

Au cours des tables rondes, plusieurs recommandations ont été formulées et seront transmises au comité d’experts. Par exemple, améliorer l’accueil des policiers lorsqu’une plainte est déposée, améliorer la formation des procureurs et des juges, et accroître la sécurité offerte à la plaignante pendant le processus.

Le colloque Justice à l’ère du #moiaussi se poursuit aujourd’hui. L’autrice et journaliste Pascale Navarro animera entre autres un groupe de discussion sur la question : « La solution passe-t-elle par les tribunaux spécialisés ? » Les députées Véronique Hivon, Hélène David et Christine Labrie seront de la partie.