Les 12 jurés au procès pour meurtre de Denis Lefebvre et d’Yves Denis amorcent ce matin leur 19e jour de délibérations, ce qui pourrait constituer un nouveau record des plus longues délibérations de l’histoire judiciaire du Canada.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Le précédent record appartiendrait aux jurés du procès d’Evgueni Mataev, un individu reconnu coupable de proxénétisme, après 18 jours de délibérations en 2014.

Lefebvre et Denis sont accusés d’avoir commandé les meurtres de trois personnes dans un contexte de contrôle de territoires de trafic de stupéfiants en Abitibi au tournant des années 10.

Ils ont été arrêtés dans une importante opération de la Sûreté du Québec baptisée Écrevisse, menée le 6 octobre 2010, alors que les policiers avaient littéralement envahi la ville de Val-d’Or, où était établie une organisation criminelle.

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Yves Denis

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Denis Lefebvre

Les deux hommes ont fait la manchette en 2014 lorsqu’ils se sont évadés en hélicoptère de la prison d’Orsainville, près de Québec, au moment de leur procès pour trafic de stupéfiants et gangstérisme. Pour ces crimes, les deux hommes purgent déjà des peines de près de 20 ans pour Denis Lefebvre et de près de 16 ans pour Yves Denis. L’évasion en hélicoptère n’a toutefois pas été révélée au jury, pour ne pas nuire à une défense objective, pleine et entière des accusés.

Plus d’un an de procès

Leur procès pour meurtre, qui se déroule au Centre de services judiciaires Gouin, a débuté en janvier 2018. Il devait durer quatre mois, mais il s’est plutôt échelonné sur une période de plus d’un an. La poursuite a fait entendre 45 témoins, dont un ancien tueur à gages devenu délateur.

Fait à noter, en 18 jours de délibérations — celles-ci ont débuté le 6 avril —, les jurés n’ont encore posé aucune question. Ils se sont adressés une seule fois à la juge du procès, Éliane Perreault, de la Cour supérieure, le 17 avril, pour lui demander de prendre une pause. Depuis, plus rien.

« On ne sait pas comment interpréter la longueur des délibérations. Toutes les interprétations sont bonnes. Ce n’est arrivé à aucun avocat de la défense que nous connaissons. Nous sommes mystifiés. »

— Me Alexandre Bergevin, qui défend les accusés, en compagnie de Me Christian Gauthier

« Les jurés ne sont pas rendus à s’interroger sur l’état du droit », explique Me Danièle Roy, présidente de l’Association des avocats de la défense de Montréal.

« Le procès a été très long et une autre particularité est que des témoins à charge étaient d’une moralité douteuse », ajoute l’avocate. Selon elle, la juge ne peut intervenir tant que les jurés ne se manifestent pas. « S’ils reviennent et annoncent qu’ils sont incapables de s’entendre, tout ce que la juge pourra faire, c’est les exhorter à s’entendre », dit Me Roy.

— Avec la collaboration de Vincent Larouche, La Presse

D’autres longues délibérations

2014 : Evgueni Mataev, proxénétisme, 18 jours 

1999 : Giovanni Cazzetta, stupéfiants, 17 jours 

2011 : Rémi Deschambeault (procès Norbourg), 16 jours

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.