Quatre membres de la secte ont été accusés de complot par la justice américaine, tandis que les deux enfants kidnappés ont été rendus à leur mère.

Mis à jour le 7 janv. 2019
PHILIPPE TEISCEIRA-LESSARD LA PRESSE

La saga qui a débuté au Québec il y a plus de cinq ans se poursuit : des membres de la secte Lev Tahor ont été accusés d'enlèvement par la justice américaine, fin décembre, pour leur participation présumée au kidnapping des deux enfants d'une membre dissidente. Elle pensait être en sécurité en se réfugiant dans un village anonyme de l'État de New York, mais quatre hommes ont été chargés de ramener ses enfants jusqu'au Mexique, où le groupe se trouve, avance le FBI.

Parmi les personnes soupçonnées d'être les kidnappeurs : un homme de 20 ans qui considérait comme sa femme l'une des victimes, âgée de 14 ans, selon la police.

La secte vivait à Sainte-Agathe-des-Monts jusqu'en 2013, mais elle a fui le village des Laurentides alors que les services sociaux québécois s'apprêtaient à prendre en charge des enfants du groupe en raison de mauvais traitements. Des jugements et rapports confirmeront ensuite l'état de santé déplorable dans lequel se trouvaient les enfants du groupe, ainsi que la violence psychologique qu'ils subissaient.

Depuis leur fuite du Québec, les membres de Lev Tahor sont piégés dans un exil en série qui les a menés en Ontario, au Guatemala et au Mexique.

C'est dans ce dernier pays que le fondateur de la secte est mort, en 2017, en se noyant dans une rivière où il participait à une cérémonie. C'est aussi du Mexique que s'est enfuie la membre dissidente, qui s'avère être la fille du fondateur, avec ses deux enfants.

Selon elle, «le nouveau leader de Lev Tahor est plus extrême que son père ne l'était, et c'est pourquoi elle a fui le groupe», ont écrit deux agents du FBI dans un document soumis à la justice américaine. «La mère a indiqué que ce n'était plus sécuritaire de maintenir ses enfants dans cet environnement. Avant sa fuite, elle s'est exprimée au sein du groupe quant à l'extrémisme croissant.»

Complot transnational

La mère a bien obtenu la garde de sa fille de 14 ans et de son fils de 12 ans, mais ces décisions judiciaires n'ont pas convaincu leur père et le reste de la secte de baisser les bras, selon la police.

Les accusés, Aron, Jacob et Mayer Rosner, ainsi que Nachman Helbrans, «ont participé à un complot pour kidnapper deux victimes à Woodridge, dans l'État de New York, et les transporter jusqu'au Mexique», selon le FBI.

Les avocats des quatre hommes n'ont pas rappelé La Presse hier.

Dans la documentation soumise à la justice, le FBI avance que les kidnappeurs auraient profité de l'activité créée par une célébration de Hannoukah, une importante fête juive, pour les enlever. À 2h56 le 8 décembre dernier, une caméra les a captés se dirigeant d'eux-mêmes vers une voiture qui les attendait près de leur domicile.

Les quatre présumés co-conspirateurs auraient préparé leur coup : selon la police, ils avaient apporté les passeports d'autres enfants de la secte et avaient acheté des vêtements civils pour leur permettre de passer inaperçus alors qu'ils prendraient l'avion vers le Mexique.

L'enfant de 12 ans a été affublé d'une tuque à l'effigie de Superman, alors que l'adulte qui a pris l'avion avec eux avait mis une tuque jaune.

«Les membres de Lev Tahor ne sont habituellement pas autorisés à revêtir [ces] vêtements», note le FBI.

Trois des accusés ont été arrêtés au Mexique le 18 décembre à la demande des policiers américains, l'autre a été appréhendé à Brooklyn. Ils demeurent détenus. Les enfants ont été rendus à leur mère.

«Ces accusations et ces arrestations indiquent clairement que si vous êtes impliqués dans le kidnapping d'enfants, nous vous trouverons et nous ferons respecter la loi», a affirmé le procureur fédéral Geoffrey S. Berman dans un communiqué.

CHRONOLOGIE

Milieu des années 80 : Fondation en Israël du groupe Lev Tahor par Shlomo Helbrans (1962-2017), un rabbin ultraorthodoxe citoyen de l'État hébreu, mais antisioniste.

1990-1991 : Shlomo Helbrans déménage à Brooklyn avec ses fidèles, convaincu que l'apocalypse va s'abattre sur Israël.

1994 : Shlomo Helbrans est condamné pour le kidnapping d'un enfant de 13 ans qui voulait, sans l'accord de sa mère, faire partie de Lev Tahor.

2000 : Expulsion des États-Unis vers Israël, où les membres du groupe sont surnommés les «talibans juifs». Trois ans plus tard, Shlomo Helbrans reçoit le statut de réfugié au Canada, puis s'installe avec son groupe à Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides.

2013 : Le groupe quitte le Québec vers Chatham-Kent, en Ontario, devant la menace d'une intervention de la DPJ avec des dizaines d'enfants. «Si les prescriptions de notre religion ne sont pas conformes à la loi québécoise, il ne nous restait plus qu'à faire nos bagages», avait expliqué à La Presse l'un des leaders du groupe, Mayer Rosner.

2014 : Le groupe quitte l'Ontario vers le Guatemala, après que les services sociaux ontariens ont pris le relais de leurs confrères du Québec. Ils quitteront rapidement le Guatemala pour le Mexique, après avoir été expulsés d'au moins un village guatémaltèque.

2017 : Shlomo Helbrans se noie au Mexique. Selon des médias mexicains, il se trouvait dans une rivière pour un rituel religieux lorsqu'il a été emporté par le courant.

- Avec Mathieu Perreault, La Presse