La veuve d’un ancien membre influent de la mafia montréalaise, Moreno Gallo, a été enlevée et séquestrée par plusieurs individus, dans la nuit de vendredi à samedi à Laval, a appris La Presse

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

Les yeux encore partiellement bandés, la femme âgée de près de 70 ans serait parvenue à fuir ses ravisseurs et à frapper à la porte d’une résidence, dans une rue isolée, pour obtenir de l’aide et être secourue par les forces de l’ordre.

« Nous enquêtons sur une affaire au cours de laquelle une femme a été enlevée près de chez elle. Après une certaine période de temps, elle est parvenue à prendre la fuite », a raconté la porte-parole de la police de Laval, Julie Marois, sans vouloir confirmer l’identité de la victime ni donner plus de détails sur l’événement, pour ne pas nuire à l’enquête. 

Cette affaire plutôt inhabituelle dans la mafia, où des règles internes non écrites veulent que l’on ne s’en prenne jamais aux enfants ou aux femmes, aurait débuté vers minuit trente.

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Moreno Gallo a été l’un des membres les plus influents d’une cellule de mafieux calabrais ralliés aux Rizzuto.

Dans une camionnette

Selon nos informations, Ada Crispino-Gallo revenait de la boulangerie que sa famille possède dans la Petite-Italie, à Montréal, et venait d’arriver à son domicile, un édifice de condos du boulevard Lévesque, lorsqu’au moins trois individus l’auraient enlevée et forcée à monter à bord d’un VUS blanc. 

Mme Crispino-Gallo aurait été déplacée à bord de ce véhicule et amenée dans une camionnette ou une roulotte dont les fenêtres avaient été recouvertes de sacs en plastique. 

Elle aurait été séquestrée durant environ une heure, tête, mains et pieds attachés avec du ruban adhésif, près d’une cour de pièces d’autos protégée par des chiens, rue Lafayette, à quelques kilomètres de chez elle. 

Alors qu’elle n’entendait plus ses ravisseurs, la femme se serait débarrassée d’une partie de ses liens, serait sortie de l’endroit où elle était retenue prisonnière et aurait frappé à la porte d’une résidence, dont les occupants lui auraient porté secours en plus d’appeler la police.

Mme Crispino-Gallo a été légèrement blessée. Les suspects lui auraient dérobé de l’argent et des objets personnels.

C’est la division des crimes majeurs de la police de Laval qui est responsable de l’enquête. Des sources ont confié à La Presse qu’un véhicule a été retrouvé à l’endroit où a été séquestrée la femme, mais la police a nié cette information. 

Selon une source, une affaire de collecte d’argent et d’extorsion visant un membre de la famille Gallo, qui possède quelques commerces, pourrait être à l’origine de cette affaire, mais cette information n’a pas été vérifiée. 

« On ne s’en prenait pas aux femmes »

Pour Pierre de Champlain, ancien analyste civil à la Gendarmerie royale du Canada et auteur de livres sur l’histoire du crime organisé au Québec, cette affaire démontre encore une fois que « la mafia n’a plus d’éthique ».

« Dans la Cosa Nostra, on ne s’en prenait pas aux femmes. Je ne me souviens pas, de mémoire, d’un cas où la femme d’un mafioso a été enlevée à Montréal. Cela démontre également qu’il n’y a plus d’autorité au sein de la mafia montréalaise. Cela aurait été impensable il y a 15 ou 20 ans, au plus fort du règne de Vito Rizzuto, alors qu’il exerçait un contrôle sur les organisations et maintenait la discipline », affirme M. de Champlain.

« On ne touche pas aux femmes, aux enfants et aux personnes innocentes », a résumé à La Presse un contact du milieu criminel.

Moreno Gallo a été l’un des membres les plus influents d’une cellule de mafiosi calabrais ralliés aux Rizzuto après que ceux-ci eurent pris le pouvoir à la tête de la mafia montréalaise au début des années 80. Mais alors que le parrain Vito Rizzuto était détenu aux États-Unis, Gallo se serait rallié à un groupe d’individus qui ont tenté un putsch contre le clan des Siciliens et il a été assassiné au Mexique en 2013, vraisemblablement en raison de ce manque de loyauté.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.