Le mafieux Salvatore Scoppa, frère de l’ancien chef intérimaire de la mafia de Montréal, Andrew Scoppa, a été tué samedi soir à Laval.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Salvatore Scoppa, 49 ans, participait à une fête familiale, à l’hôtel Sheraton situé en bordure de l’autoroute 15, lorsque vers 22 h, il a été abattu d’au moins deux projectiles d’arme à feu à la tête et au thorax, dans le lobby de l’établissement hôtelier.

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Le crime est survenu à l’hôtel Sheraton de Laval.

À l’arrivée des secours, la victime n’avait plus de signes vitaux. Il a été transporté à l’hôpital où sa mort a été constatée peu après.

Deux suspects auraient pris la fuite à bord d’un VUS foncé en empruntant l’autoroute. Au moment d’écrire ces lignes, personne n’avait été arrêté.

Outre la fête familiale, un congrès en informatique se déroulait à l’hôtel au moment du crime. Plusieurs personnes ont dû être traitées pour un choc nerveux.

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Importante présence policière devant l'hôtel dimanche matin

Un homme ciblé

Salvatore Scoppa avait échappé à une tentative de meurtre il y a un peu plus de deux ans, en février 2017, à Terrebonne. Un homme avait ouvert le feu en sa direction, le blessant au bras, alors que Scoppa sortait d’un restaurant et montait à bord de son véhicule. Un présumé tueur à gages, Frederick Silva, a été arrêté par les policiers en février dernier et est actuellement accusé de cette tentative de meurtre.

Durant l’enquête Magot-Mastiff, par laquelle la Sûreté du Québec avait décapité le crime organisé montréalais en novembre 2015, les enquêteurs avaient capté une conversation dans le bureau de l’ex-criminaliste Loris Cavaliere au cours de laquelle il avait été question de Salvatore Scoppa et d’autres mafieux.

Lors de la discussion entre Stefano Sollecito, Leonardo Rizzuto et Gregory Woolley, un chef de gang, il avait été question d’éliminer Scoppa et de lui « mettre une balle dans la poitrine » afin de « préserver le contrôle du territoire » et de « garder la ville », mais le fils cadet du défunt parrain Vito Rizzuto s’y était opposé.

À plus d’une reprise, Salvatore Scoppa a été avisé par les policiers que sa vie était menacée. À un certain moment, il aurait même fui au Mexique.

En janvier 2017, la maison de Salvatore Scoppa avait été perquisitionnée par les enquêteurs des Crimes contre la personne de la Sûreté du Québec relativement à une enquête sur la disparition depuis 2013 de deux individus liés au trafic de stupéfiants, Daniel Pierre et Mohamed Qazi Ali.

En 2016, trois proches du clan Rizzuto, Lorenzo Giordano, Rocco Sollecito et Vincenzo Spagnolo, ont été tués et des sources policières ont confié à La Presse qu’elles soupçonnaient que Salvatore Scoppa puisse être impliqué dans au moins l’un de ces crimes.

Toutefois, depuis que la situation s’est stabilisée à Montréal, et que la tempête gronde plutôt du côté de l’Ontario, le nom de Salvatore Scoppa, qui était surnommé «Mental» dans le milieu criminel, était moins sur les lèvres.

Mais dans la mafia, des vengeances s’exercent justement au moment où on s’y attend le moins. 

Les Scoppa ont longtemps été considérés comme étant à la tête de l’un des clans les plus influents de la mafia montréalaise. En 2016, la police considérait le frère de Salvatore, Andrew, comme le chef intérimaire de la mafia de Montréal. Andrew a été arrêté et accusé de possession d’une centaine de kilogrammes de cocaïne en 2017, mais il a bénéficié d’un arrêt des procédures.

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Andrew Scoppa

Le meurtre de Salvatore Scoppa pourrait provoquer des remous au sein de la mafia montréalaise.

Trafic de stupéfiants et autres crimes

Au cours des dernières années, des policiers ont témoigné devant les tribunaux de l’implication présumée de Salvatore Scoppa dans le trafic de stupéfiants et des crimes violents.

En septembre 2015, lors de l’enquête sur remise en liberté d’un étudiant soupçonné d’avoir entreposé de l’héroïne pour le compte de l’organisation de Salvatore Scoppa, un enquêteur du SPVM, Sébastien Létourneau avait décrit ce dernier de la façon suivante : « Salvatore Scoppa est une tête dirigeante de réseaux connus dans la distribution d’héroïne et de cocaïne, et un membre de la mafia italienne de Montréal, un haut placé, un capo de la mafia italienne, un individu très connu et très criminalisé qui chapeaute des réseaux de vente et de distribution d’héroïne », avait témoigné l’enquêteur.

En décembre 2016, lors du procès d’un chef de gang, un enquêteur du SPVM, Érick Lacoursière, avait parlé de Scoppa alors que, durant son témoignage, il était notamment question du meurtre de Marco Campellone, 24 ans, commis en septembre 2015, à Montréal. Le meurtre de ce dernier n’a toutefois pas été élucidé à ce jour et personne n’a été accusé.

« Une source nous dit que ce chef de gang fait des contrats et de la collecte pour le crime organisé, en particulier pour Salvatore Scoppa. Ce sont en gros des contrats de meurtres, tentatives de meurtre, enlèvements, incendies criminels, home invasion et vols qualifiés », avait énuméré le témoin Lacoursière.  

Puisqu’il s’agit d’un assassinat relié au crime organisé, l’enquête sur le meurtre de Salvatore Scoppa a été confiée à la Division des Crimes contre la personne de la Sûreté du Québec.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.