Le meurtre de Daphné Huard-Boudreault avait choqué le Québec il y a deux ans. Son ex-copain, Anthony Pratte-Lops, l’avait poignardée dans leur appartement quelques heures après l’intervention des policiers pour harcèlement. Il a plaidé coupable jeudi matin au meurtre au second degré de son ex-copine.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Le juge Pierre Labrie a imposé à l’accusé de 24 ans une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 18 ans, jeudi, au palais de justice de Saint-Hyacinthe. Le juge a cité dans sa décision de nombreux facteurs aggravants, dont la violence de l’agression, le contexte de violence conjugale et le fait que la victime voulait mettre un terme à sa relation avec l’accusé. Il s’agit d’une suggestion commune des parties.

La trame des évènements présentée par la Couronne démontre de quelle manière Anthony Pratte-Lops a traqué son ex-copine dans les jours précédant le meurtre. Pendant une semaine, il a ratissé la région de Mont-Saint-Hilaire jour et nuit pour retracer la jeune femme qui l’avait récemment quitté au terme d’une relation tumultueuse de deux ans.  

Le matin fatidique du 22 mars 2017, Anthony Pratte-Lops a surpris Daphné Huard-Boudreault dans son propre véhicule et a refusé d’en sortir. La jeune femme est alors partie travailler avec son ex-copain dans sa voiture. Une demi-heure plus tard, la jeune femme a contacté les policiers, comme Pratte-Lops l’attendait toujours à l’extérieur.

Pendant la rencontre, il a insulté son ex-copine devant les quatre agents de la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent qui lui ont demandé de la laisser tranquille. Ils n’ont toutefois pas arrêté Anthony Pratte-Lops. Après son départ, Daphné Huard-Boudreault a réalisé qu’il lui avait volé son cellulaire. C’est en piratant ses messages personnels qu’il a découvert que son ex-copine entretenait une nouvelle relation amoureuse.

Un peu plus tard, Daphné Huard-Boudreault est retournée dans leur appartement pour chercher son téléphone, suivie par une policière dans une autre voiture. Même s’il lui avait juré être parti, Anthony Pratte-Lops l’attendait dans le logement. Il l’a étranglée et poignardée à 15 reprises. Sa gorge était coupée à l’arrivée des policiers.  

Anthony Pratte-Lops a présenté ses excuses à la famille de la victime pour la première fois hier par l’entremise d’une lettre lue par son avocat, Me Marion Burelle. « J’espère sincèrement que le temps atténuera votre chagrin. C’est avec beaucoup de tristesse que je vous présente mes condoléances et sincères excuses. J’implore quand même votre pardon », a déclaré le meurtrier, impassible dans le box des accusés.  

Les proches de la jeune femme de 18 ans ont livré des témoignages bouleversants ce matin au palais de justice de Saint-Hyacinthe. « Je pense que je n’aurais jamais pu imaginer une souffrance indescriptible et innommable. Nos vies en furent complètement anéanties », a sangloté le père de la victime, Éric Boudreault.

« Elle avait tourné une page de sa vie et elle en était fière, très fière. Un dernier câlin avant son retour… Ç'aura été finalement son dernier… Tous nos projets, tous nos rêves, d’aller au chalet ou en voyage avec elle, ou avec mes petits-enfants… tout s’est écroulé », a-t-il témoigné, en pleurs.

La belle-mère de Daphné Huard-Boudreault a raconté la joie de la jeune femme après avoir rompu avec son bourreau. « [Elle avait] des étincelles que je n’avais jamais vues, des étincelles de joie et d’amour, et surtout de soulagement, d’avoir mis un terme à une relation qu’elle savait toxique. Elle voulait juste le quitter. Elle aura payé de sa vie pour avoir la tranquillité qu’elle méritait », a livré Claudine Halde qui connaissait la jeune femme depuis son enfance.  

Sa jeune sœur souffre maintenant d’anxiété et peine à faire confiance aux gens. « Un choc si terrible à un si jeune âge, ça fait un trou dans le cœur… », a-t-elle confié. L’ex-nouveau copain de Daphné Huard-Boudreault a témoigné avoir eu des remords pendant longtemps, puisqu’il avait discuté au téléphone avec le meurtrier quelques heures avant le crime. « J’ai fait un gros effort ce matin-là pour trouver des solutions avec Anthony dans un moment critique… Ça n’a servi à rien », a-t-il regretté.  

L’accusé devait subir son procès devant jury pour meurtre au premier degré la semaine prochaine au palais de justice de Saint-Hyacinthe. Il faisait face à une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.