La coroner chargée de l'investigation sur la mort du bébé oublié dans une voiture à Saint-Jérôme en 2016 espère qu'une règlementation pancanadienne forcera bientôt les constructeurs automobiles à installer un dispositif d'alerte pour éviter de tels drames à l'avenir.

Publié le 5 juill. 2018
Vincent Larouche LA PRESSE

«Ça n'a pas de bon sens, au point où nous en sommes avec la technologie aujourd'hui, que nous n'ayons pas ça. On ne peut pas accepter ça», a martelé Me Denyse Langelier, en entrevue avec La Presse ce matin.

La coroner était chargée du dossier de cet enfant décédé le 17 août 2016, un mois avant son premier anniversaire de naissance. Un décès qui est «de toute évidence accidentel», souligne-t-elle.

Le père avait l'habitude d'aller déposer le bébé à la garderie d'abord, puis ses deux autres enfants au camp de jour. Mais le camp avait changé d'endroit récemment, et ce jour-là, l'homme avait changé sa routine. Il s'est rendu d'abord au camp de jour, puis est revenu chez lui en oubliant de déposer son bébé.

L'enfant était silencieux et le siège pour bébé volumineux ne permettait pas d'apercevoir le poupon en regardant vers l'arrière. La température oscillait entre 25 et 28 degrés. L'enfant est mort «d'hyperthermie environnementale».

La coroner ne trouve aucun reproche à faire aux parents dans cette triste histoire.

«Il peut arriver que des parents oublient leurs enfants non seulement dans la voiture, mais à la garderie, chez un proche ou ailleurs. L'oubli est un mécanisme naturel. L'adage ne dit-il pas que la mémoire est une faculté qui oublie?» écrit-elle.

Plusieurs dispositifs existent

Maintenant, que peut-on faire pour protéger la vie humaine? Me Langelier constate que plusieurs dispositifs existent sur le marché pour aider les parents et éviter ce genre de drames. Ils vont du simple miroir à la caméra en passant par les capteurs sous les sièges et les systèmes d'alerte, sonore ou téléphonique, reliés à l'ouverture des portes. Deux jeunes filles d'une école secondaire québécoise ont même remporté un prix pour l'invention d'un de ces dispositifs d'alerte.

La coroner a contacté Transports Canada, qui lui a dit avoir étudié la question sans trouver de système efficace pour détecter un enfant oublié dans un véhicule. Me Langelier, qui voit du potentiel dans plusieurs systèmes existants, espère que ces études se poursuivront et mèneront bientôt à l'adoption de règles uniformes pour tous les nouveaux véhicules.

«Je constate qu'il existe actuellement plusieurs dispositifs afin d'alerter le conducteur de la présence d'un bébé à bord, mais aucune réglementation canadienne n'oblige pour le moment le constructeur d'automobiles à en installer un. J'ose croire qu'il sera possible dans un avenir rapproché d'installer sur les véhicules un outil passif d'alerte», écrit-elle.

«Si un organisme gouvernemental comme Transports Canada règlemente ça, on pourrait avoir un système passif, c'est à dire que l'être humain ne pourra pas l'éteindre», souligne-t-elle en entrevue.

«J'y pense tout le temps» 

«Moi, j'ai un Volkswagen 2017. Quand je ferme le moteur, l'écran du tableau de bord me dit toujours de ne pas oublier mon cellulaire dans l'auto. À chaque fois, je pense au bébé oublié. J'y pense tout le temps», raconte-t-elle.

Elle rappelle qu'un autre coroner est chargé d'une investigation sur la mort d'un bébé laissé dans une voiture à Montréal le mois dernier. «J'espère qu'il n'y en aura pas d'autres», dit-elle.