Les moyens illégaux d'éviter les contraventions se multiplient aussi rapidement que les radars photo installés par le gouvernement.

Mis à jour le 12 nov. 2012
Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Certains revendeurs peu scrupuleux ne se cachent même plus pour écouler leur équipement dont l'utilisation est illégale. Ainsi, La Presse a pu rencontrer incognito un détaillant qui vante ouvertement l'efficacité de ses produits pour contrer la loi.

Le jeune entrepreneur de la grande région de Montréal utilise d'ailleurs un argument de vente convaincant: il assure l'avoir lui-même testé avec les radars photo et les systèmes électroniques de facturation du pont de l'autoroute 25. Pas un cent ne serait sorti de son porte-monnaie. Prix demandé pour l'appareil: 150$ l'unité.

Objectif avoué

Le mécanisme est relativement simple. À l'aide d'une télécommande, l'automobiliste fait dérouler un morceau de toile noire au-dessus de sa plaque d'immatriculation lorsque le besoin s'en fait sentir. Le système fonctionne «très bien pour les radars», affirme sa petite annonce. Les mots-clés associés à l'annonce laissent aussi peu de place au doute quant à l'utilité principale du mécanisme: «pont payant», «police» et «ticket» ouvrent la marche.

L'annonce a été publiée dans le site LesPACs.com, accessible à tout internaute. Il s'y présente avec son nom réel, confirmé par un profil Facebook affichant la même identité.

Dans sa petite annonce, le vendeur explique que le système est officiellement conçu pour protéger les plaques lors d'expositions d'automobiles.

Visite incognito

Après lui avoir brièvement parlé au téléphone, La Presse s'est rendue au domicile du vendeur, où il reçoit ses clients.

Croyant s'adresser à de potentiels acheteurs, le jeune homme dans la vingtaine affirme avoir rapporté une centaine de cache-plaques de Chine, d'où il fait de l'importation. Il démontre à ses «clients» que les appareils fonctionnent correctement.

Surtout, il rassure les représentants de La Presse: à moins d'être pris sur le fait, ils n'auront aucun problème avec la police.

«C'est légal. C'est comme quand tu as un permis d'arme, tu peux avoir une arme, a-t-il affirmé. C'est légal d'avoir une arme, mais ce n'est pas légal de tirer quelqu'un.» Lorsqu'il n'est pas déployé, ajoute-t-il, le cache-plaque ressemble à n'importe quel autre support, et les patrouilleurs n'y verront que du feu.

Utilisation illégale

À la Sûreté du Québec (SQ), on rappelle que l'utilisation d'un tel appareil pour dissimuler sa plaque d'immatriculation est illégale. «En vertu du Code de la sécurité routière, au Québec, c'est interdit», a tranché Claude Denis, porte-parole de la SQ.

La conduite d'un véhicule équipé d'un tel appareil, même s'il n'est pas activé, serait aussi interdite par la même loi. L'amende totale pour un automobiliste accusé d'avoir dissimulé sa plaque au passage d'un radar photo peut dépasser le millier de dollars.

Quant à l'achat et à la vente de l'appareil, le corps policier ne veut pas se mouiller. «En ce qui concerne l'achat, il faudrait peut-être vérifier avec un juriste. Mais je ne penserais pas [que c'est illégal].»

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La doublette au Québec

Certains automobilistes peu scrupuleux ont trouvé un moyen encore plus original que le cache-plaque afin d'éviter d'avoir à payer les amendes que leur vitesse excessive leur a values. La doublette, modèle de fraude surtout connu en Europe, aurait traversé l'Atlantique, selon une enquête de Radio-Canada diffusée récemment. Le principe est simple. Il suffit de récupérer deux vieilles plaques d'immatriculation inutilisées et de les couper verticalement afin d'en créer une nouvelle, qui porte donc un nouveau numéro. L'utilisateur place alors une bande élastique ou un autre objet semblable afin de camoufler la jonction entre les deux morceaux de métal. Ainsi, un autre automobiliste héritera des amendes et des factures du pont de l'A25 qui devraient revenir au fraudeur. L'astuce, illégale, peut aussi fonctionner avec des agents de stationnement peu attentifs. «Ce sont des cas très rares», a assuré Pierre Rousseau, commandant au Service de police de la Ville de Montréal, au micro de la société d'État. Selon le policier, seulement six cas de fraude à la doublette auraient été décelés par les policiers de la métropole. La Société de l'assurance automobile du Québec, quant à elle, n'avait jamais été mise au courant de l'arrivée de la doublette au Québec.